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Le peuple Waama au fronton de la culture

En prélude à la première édition du Festival culturel et artistique des waaba (Fecawa), le docteur Sotima Tchantipo Sai, socio-anthropologue et président de la commission a accordé une interview au journal Daabaaru. Il explique les motivations, le contenu et les perspectives de ce festival. Lisez plutôt.

Daabaaru : Qu’est-ce qui motive le FeCAWa dont la première édition démarre ce vendredi?

Docteur Sai Sotima Tchantipo : Le FeCAWa, c’est le définit comme le festival culturel et artistique des waaba. Il est organisé par la commission nationale de langue waama, qui a mis en place un comité d’organisation avec des sous-comités pour la mise en œuvre des activités. Il vise à permettre à la communauté nationale et internationale de connaître le peuple waama, de mettre en valeur les richesses culturelles du peuple waama. Ce festival aura lieu dans la pittoresque ville de Natitingou du 20 au 22 avril 2018.

Que réserve la toute première édition du FeCAWa ?

Beaucoup de tableaux sont au programme du Fecawa. Dans un premier temps il y aura une cérémonie officielle d’ouverture qui va donner lieu à une caravane de toutes les troupes folkloriques waama. La caravane va partir de l’entrée nord-ouest de la ville pour échouer au lieu du festival qui est le Ceg 1 de Natitingou. Ensuite nous assisterons à la cérémonie de traction de l’enclume traditionnelle. Avant la pénétration coloniale, certains clans waama pratiquaient la forge extractive. Il n’y avait pas d’enclume métallique et ils utilisaient de grosses pierres comme enclume. Ces grands blocs de pierre étaient transportés d’une façon très rituelle, un comme dans l’Egypte antique. A la fin de la traction, cette enclume sera érigée symboliquement au musée national de Natitingou. Puis il y aura une cérémonie d’ouverture qui, nous l’espérons, se fera sous le co-parrainage du ministre en charge de la culture et de celui des affaires étrangères.

Quelles autres activités sont prévues ?

Il est prévu des passages de troupes de danses traditionnelles. Par exemple la danse yotchansimou qui est la danse qu’exécutent les candidats à la circoncision, le koontonssou, une danse très virile exécutée par des hommes avec de grands phallus en cotonnade. Des chanteurs de la musique tradi-moderne waama viendront également performer. Dans l’après-midi du premier on assistera à une série de concours dotés de prix et centrés sur les valeurs traditionnelles qui sont en train de se perdre.

Quels types de concours ?

On aura le concours de lutte traditionnelle qui va mettre aux prises des jeunes. Ici le but est de voir si ces jeunes maîtrisent encore cet art du combat. Il est aussi prévu un concours de tir à l‘arc. Nous aurons un concours d’art culinaire au cours duquel des jeunes filles seront mises à l’épreuve. On leur donnera des ingrédients dont elles feront une sauce traditionnelle wama et un jury de femmes expérimentées désignera la meilleure qui recevra un prix. Outre ce concours d’art culinaire, il y aura le concours Pesango, un concours de miss traditionnelle pour élire parmi les jeunes filles, celle qui va le mieux se parer comme les femmes le faisaient dans la pure tradition wama. La gagnante recevra un prix et sera le symbole de ce festival. Des expositions sont aussi au nombre des manifestations. Au niveau des stands prévus à cet effet, le public pourra voir des objets cultuels en voie de disparition mais que des familles ont pu conserver. Le comité préparatoire du festival a prévu l’archivage de certains de ces objets au musée de Natitingou. Je parlais tantôt de prix, nous aurons par exemple le prix Général Mathieu Kérékou, le prix Adolphe Biaou qui rend hommage au premier président de la commission de langue waama.

Qu’en est-il du colloque inscrit au programme?

Pour le deuxième jour, la commission nationale de langue waama a prévu un mini colloque qui se tiendra à la Maison des jeune de Natitingou. On a lancé un appel à candidatures et des chercheurs de tous horizons ont proposé des résumés. Au cours du colloque les chercheurs viendront nous présenter les résultats de leur recherches, d’autres vont élaborer des pistes de recherche sur l’origine de waaba, leurs migrations, etc. Il y aura par exemple une communication sur la pratique du dabaré, la chasse à la battue chez les waaba qui en voie de disparition. A l’ouverture du colloque, le professeur Emmanuel Tiando va animer une conférence inaugurale sur la méthodologie de la recherche en histoire africaine, à savoir comment manipuler les sources orales pour écrire l’histoire en Afrique. La manipulation de la tradition orale exige une rigueur méthodologique qui aujourd’hui semble méconnue par les jeunes chercheurs. C’est pourquoi nous avons souhaité que le professeur vienne partager ses connaissances avec nous.

Avez-vous un message fort à lancer ?

Je voudrais inviter tout le public béninois et même international, à effectuer le déplacement de Natitingou les 20, 21 et 22 avril pour vivre cet événement. J’invite aussi les hommes de science à venir à ces assises pour connaître la culture waama. Je finis par cet appel aux promoteurs culturels et aux promoteurs touristiques, parce qu’on n’a pas pu toucher tous les sponsors. C’est la première édition. Qu’ils viennent voir et on prendra rendez-vous pour les autres éditions.

Dr Saï Sotima
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