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Le quotidien Daabaaru est allé à la rencontre d’un griot. Artiste chanteur, auteur compositeur, il n’attend pas un instant pour rappeler l’histoire culturelle des héros de la tradition Baatonu. Barassounon, puis ce que c’est de lui qu’il s’agit, nous a fait part de ses débuts dans la musique, de ses ambitions proches et futures. Lisez plutôt

Daabaaru : Bonjour Barassounon, Présentez-vous à nos chers lecteurs

Barasounon : Bonjour, je suis Séidou Barassounon, artiste musicien, chanteur, griot d’origine. Je fais la musique authentiquement Baatonu.

Dites nous comment êtes-vous arrivés à la musique ?

J’ai reçu une éducation traditionnelle, une éducation héritée de l’art griotique. Cet art m’a été enseigné quand j’étais avec mon grand papa. Chez nous, les griots, on apprend le métier du griot dès le bas âge. Ainsi, vous avez le goût, vous obtenez très tôt les bases de ce métier qui, un jour vous conduisent à la musique. D’autres parts, j’ai aussi l’amour de la musique. J’ai essayé d’associer les deux. C’est ainsi que je suis devenu chanteur. Mais entre temps, au collège, j’avais commencé par faire des interprétations, Mama Abarissy, Bourous’Man, Siba Franco Junior, etc. Après le Bac, j’ai d’abord arrêté pour mes études universitaires. C’est après ces études que je suis revenu de nouveau à la musique. Un retour qui est en effet, un retour à mes origines. Je ne suis pas tombé dans la musique.

Comment avez-vous produit votre premier album ?

En 2012, lorsque j’ai fini avec l’université, je me suis dis qu’on ne finit pas avec les études. J’avais interprété, courant 2013, en Play back une chanson à l’institue français. Gaston Yamaro était présent. A la fin, il est venu me voir. Il m’a dit ceci, « tu chante bien. Tu as un talent que tu peux exploiter ». C’est comme ça il m’a proposé me produire. Je suis allé au studio, j’ai fais deux à trois ans. Ce travail a accouché d’un album, ‘’Touba’’ qui veut dire repentance. Il comporte 12 titres.

Quelles appréciations faites-vous de la musique du Bénin et particulièrement du septentrion ?

On ne peut vendre l’or à sa juste valeur que là où on le connait. Les béninois peuvent apprécier leur musique. Les autres peuvent ne pas aimer notre musique parce que chaque peuple a sa réalité socioculturelle. Chaque peuple a également son registre musical. Je ne peux par exemple apprécier à sa juste valeur la musique de mes compatriotes du sud. La musique commence par le message, l’agencement des instruments. Ainsi, je ne peux pas dire ce qu’ils font est bien ou non. En ce qui me concerne, la musique dans le septentrion ou la musique que je fais me nourrit. Avec elle, j’arrive à valoriser mes potentialités, c’est grâce à elle que j’eu à voyager, à aller en contact avec des gens. J’ai eu la chance de jouer plusieurs fois en Europe, j’ai participé à des festivals. Lorsque l’on voit ce qui se passe ailleurs, on sent le sérieux, du professionnalisme. Mais ici, au Bénin, nous aimons des à peu près. Est-ce par manque de volonté ou par manque de moyens ou une précipitation de ceux qui veulent que l’artiste sort son album. Moi-même, je ne sais pas. Je ne peux pas aussi dire que la musique du Bénin va bien à 100%.

On constate que les jeunes musiciens adoptent plus les genres musicaux comme le rap, le r&b, le reggae… Mais vous, votre musique s’inspire plus des rythmes traditionnels Baatonnu. Dites nous si vous arrivez à vous faire une place parmi vos paires ?

Mon label c’est le Baatonu beat sund. Ça veut dire quoi ? Tous les rythmes, tous les sons qui vont avec sont authentiquement Baatonu. Mon orchestre c’est Baatonu beat bund. Toutes les potentialités techniques, professionnelles, artistique qu’on peut retrouver dans la musique Baatonu se trouve dans ma musique. On ne peut vendre cher que ce qu’on a d’original. Si on ne veut pas faire d’amalgame, tous les rythmes que vous avez cité, ont tous quitté l’Afrique. Mais nous utilisons mal ces atouts. Ce qui n’est pas bien pour notre culture. Je me sens personnellement plus à l’aise en décortiquant la richesse musicale de mon ethnie, de registre musical. Peu importe ta capacité. Tu ne peux mieux t’exprimer que dans ta langue maternelle. C’est pourquoi j’ai choisi le traditionnel. Je suis griot. Nous sommes nombreux. Mais on sait que Barassounon est musicien, un historien, un conteur, un généalogiste. En Europe, je joue dans ma langue et je suis applaudi. Ceux qui consomment ma musique m’apprécient.

Partout sur scène, on constate que votre instrument fétiche, c’est ce petit tam-tam, qu’est ce qui vous rattache à lui ?

Ce qui me rattache à cet instrument est mon nom, Barassounon. Bararou qui veut lire le tam-tam, l’instrument en question et Sounon qui veut dire chef. Barassounon, c’est le chef des griots. Moi, je n’aime pas la musique, c’est la musique qui m’aime. Je ne fais que m’investir. Ainsi, je ne peux me départir de mon instrument de prédilection qui est le Barakarankou. Je suis de la caste des barakarankou.

Vous avez participez au festival art griotique de Parakou. Que représente ce festival pour vous en tant que griot ?

Pour ce festival, nous avions eu des griots maliens, burkinabè, sénégalais, nigériens, nigérians et des conteurs belges et français. J’ai un projet de création d’un centre de formation en art griotique. Après chaque formation, il faut des stages. Ce festival pourra facilement mettre en contact les stagiaires avec l’art de l’oralité. Il sera aussi une opportunité pour rendre ce qu’ils ont appris pendant six mois. Ce festival est également un pôle de rencontre des griots. Les griots se retrouvent partout mais nous avons une même chose en commun. Nous sommes des messagers, des historiens, des détenteurs de l’histoire de l’Afrique. Il est aussi un lieu de partage et de fraternité. C’est pour surtout perpétuer l’art griotique. Car, il existe de jeunes griots qui ne savent même pas de quelle catégorie de griots ils sont.

Comment est-ce que les griots Batombu et les princes Wassangari accueillent la modernisation que vous apportez dans l’art du griot ?

Les griots d’hier n’étaient pas familiariser aux tic . les griots d’hier mouraient en emportant tout, sauf ce qui se transmet de père en fils. Les griots sont ceux là qui transmettent ce qu’ils ont reçu des ancêtres à toute la génération. Mais aujourd’hui, on remarque que quandon approche un vieux, on sent que la fatigue physique ( son âge ) ne lui permet plus d’avoir toute l’histoire en général pour te donner. On passe par quoi, moi à travers ma musique ça me permet de transmettre toute l’histoire, l’information reçu par les vieux, ce qui intéresse plus les Wassangari. Parce que tout ce que je dis, c’est de l’histoire mais fondée. Ce qui est conservable ne se chante pas, quad on est griot, on est conservateur. Il y a des paroles, il y a l’histoire qui ne doit pas sortir;qui ne sort que lorsque le besoin se fait sentir. Donc il y a des histoires qui sont conservées que les médias même ne pourront pas diffuser. Ça reste entre le griot et son maître. Ça, peu importe la musique que je fais, je ne dois pas en parler. Mais imagine un instant qu’on parle des dynasties, d »abord les wassangari, les mankarao…..
Pour faire la généalogie des dynasties, on peut l’écrire pour éduquer la jeunesse à une musique originale, moi je commence par l’art dont j’ai hérité, faire passer mon message à travers cet art.. C’est pour ça dans ma musique j’essaie de moderniser un peu mon art pour que ça soit au rythme de ce qu’on va chercher ailleurs. Ma musique est moderne mais purement traditionnelle, j’utiliserai toujours mon art dans ma musique parce que c’est ça qui fait l’identité.

Vos chansons, comment les composez vous ?

Je suis le propre compositeur de mes chansons. Je vais à la quête des informations et là, je viens composer. Il y a des chansons où je suis compositeur et chanteur à la fois mais il y en a où je vais à la source pour chercher l’historique de la thématique que je veux aborder. Cela ne veux pas dire que je ne suis pas compositeur.

Quelle est l’actualité de Barassounon?

Vous savez tel que je l’ai dis j’ai une formation agronomique, je suis technicien agronome de formation et mon quotidien d’abord c’est à la ferme. Les matins j’y suis et je fais tout là-bas. Mon projet c’est ma musique, je suis entrain de préparer un deuxième album dont des titres sont un peu plus importants que le premier. Il sera enregistré dans trois pays: au Mali, ici et au Burkina. Nous avons une synergie culturelle avec eux. Il y a des instruments qui se ressembles et il y a une composition que je fais où les pays mandingues vont se retrouver et qui va leur énumérer quelque chose dans leurs cerveaux. Présentement, je suis entrain d’enregistrer mais j’ai d’abord arrêté parce que j’ai un projet d’aller à l’école de la musique où je vais apprendre la guitare. Je veux prochainement pouvoir accompagner les musiciens dans mon concert live. Il y a aussi une formation des jeunes griots au cours de cette année. Je tiens à cette formation que ces jeunes sentent le rôle qu’ils jouent au sein de la société.
J’ai préparé mon premier album en 04ans et quand c’est sorti, c’était 12 titres. Le 1er album est entrain d’être consommé. Juste pour dire que je ne me précipite pas pour sortir un autre. Donc je ne dirai pas une date ou une année mais c’est que je suis entrain de travailler pour que le prochain album soit plus merveilleux, plus écouté que le premier

Avez-vous quelque chose à augmenter ?

Ce que j’ai à augmenter, c’est ce que tout le monde sait. Je ne suis rien sans vous et je ne peux rien sans les autres parce que ceux là qui nous observent de loin ont besoin d’un résultat meilleur. Ceux là qui ont les moyens financièrement assis et techniquement riches qui peuvent nous accompagner pour qu’on aboutisse à nos rêves qu’ils se manifestent, parce que aujourd’hui je dis, à voir mes projets ils nécessitent des moyens mais peu importe ceux dont l’homme pourra t’assister sera la bienvenue. Je pense que pour qu’on puisse réussir à notre bataille il faut des aides car c’est une bataille collective. Et déjà Daabaru est entrain de faire une contribution pour sa culture a travers ses moyens techniques et professionnels, ceux sont là les moyens disponibles pour Daabaru pour pouvoir accompagner sa culture. Si une autre personne a son canal d’appui pour conduire la culture de l’avant il est la bienvenue. Merci

 

Propos recueillis et transcrits par Véronique TAKOU et Kassim MAMA (Stg)

Barassounon artiste chanteur sur scène
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