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DOT EN MILIEU BAATONU

Au cœur d’une tradition en proie à la modernisation

Autrefois en Afrique, la dot revêt d’une importance capitale pour sceller l’union entre deux personnes. La pratique de la dot varie d’une communauté à une autre. En milieu Baatonu la dot réprésente un signe de respect et d’honneur pour la future mariée et sa famille. De la dot d’hier en milieu Baatonu à celle d’aujourd’hui à l’heure de la modernisation, l’écart est grand.

Samiratou ZAKARI et Raïhanath BONI AMADOU (Stg)

La dot encore appellée « Dokiriru » en Baatonu est un geste symbolique donné à la famille de la mariée en échange de sa fille. Dans le « Baru tem » (aire géographique Baatonu) la dot est conservatrice de la tradition, symbolique depuis la nuit des temps. Autrefois la jeune fille n’avait pas le choix de son conjoint. Ce sont les anciens de la communauté qui remarque un homme qui pour eux peut jouer le rôle d’époux. Ils font les démarches auprès de la famille de la jeune fille sans le consentement des deux conjoints pour exprimer leur volonté de faire partie de la famille de celle-ci. C’est après ce processus que la belle famille entame les démarches qui conduiront à la dot. « Je devais avoir 12 ans quand ma famille m’a donné en mariage, je n’avais aucune force pour me défendre car ce n’était pas à discuter. Je n’ai jamais connu mon époux jusqu’au jour où j’ai été conduite dans sa maison. Mais aujourd’hui j’ai des enfants et je ne peux pas me plaindre de mon mariage », a confié Gaya G. l’octogénaire, résident à Boko.

Comment se présente la dot chez les Baatonu autrefois ?

La famille du marié envoie une délégation composée d’oncle, ou de tante auprès de la famille de la future mariée. Plusieurs éléments entrent dans la constitution de cette dot. Selon la patronne des femmes mariées du village de Boko « Kouromorobu sunon », « il faut une calebasse contenant un pagne tissé qui servira à couvrir la mariée le jour du mariage, sept colas qui sont distribuées aux membres de la famille pour annoncer l’union des deux familles. A cela s’ajoute une symbolique somme de 100 f ou 300 f selon les moyens ».
Tout le monde n’avait pas la chance d’avoir le pagne tissé chez lui. Seulement les personnes vivant dans une certaine aisance avaient la chance d’en posséder. » La solidarité régnant en maîtresse dans la société africaine ancienne, la famille du marié prêtait donc le pagne au près de celui qui avait la chance de l’avoir. Il est donc retourné au propriétaire une fois l’union scellée. C’est ce qu’explique dame Adiza, vendeuse à Boko, « un seul pagne arrivait à unir plus de 50 personnes. Tout le monde n’avait pas la chance de se l’offrir en son temps. la dot autrefois n’était pas un objet de luxe comme on le constate de nos jours.» Elle garde son prestige et a toujours été une marque de grande considération pour la future épouse. Monra abonde dans le même sens que Adiza, « Chez nous on avait pas besoin de dépenser des millions pour épouser une femme. Pouvoir juste offrir les sept colas et le pagne tissé. L’argent qui est ajouté n’était même pas obligatoire. C’était seulement quand on a les moyens. Et c’était incroyable ».
« Cette façon de se conformer à la tradition en respectant les composantes de la dot en ces temps là comblait les deux familles. On constatait l’opulence, la richesse, la fertilité », dixit Ganiyah, ménagère résident à Boko.

Même si la dot a toujours son sens d’union entre deux personnes dans la société actuelle, le caractère conservateur de la tradition et de consolidation des familles perd son importance. La dot est aujourd’hui perçue sur l’aspect commercial. Il urge alors un retour aux sources pour une conservation de l’identité culturelle dans le Baru tem.

Quotidien Daabaaru, leader de la presse écrite dans le septentrion

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