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Désigné par plusieurs noms, prostitués, belles de nuit, filles de joie, putes ou travailleuses de sexe, le plus vieux métier du monde est en pleine expansion au Bénin. Une incursion, dans l’intimité d’un métier qui suscite autant de dégoût que de mépris, nous plonge au cœur d’étonnantes histoires de vie, les unes aussi tristes que les autres.

Barnabas OROU KOUMAN

La prostitution, ce métier consistant à accomplir des actes sexuels avec autrui, contre un intérêt pécuniaire de manière répétée ne cesse de se développer au fil des ans dans nos villes. Elle est une forme d’échange économico-sexuel ponctuel, explicite et préalablement négocié. Bien que celles qui se livrent à cette profession ne se sentent pas pour la plupart fières de l’exercer, ce secteur ne cesse de s’agrandir avec la création de nouveaux sites et l’adhésion de jeunes filles béninoises. L’on se trouve en droit de se demander les raisons qui poussent les femmes à se donner à ce métier et à y rester.

La prostitution comme le choix qui s’impose

« Mon mari militaire a disparu pendant que j’étais enceinte de 5 mois. Pour survivre, j’ai fait un prêt de 500 000f à la banque pour la vente de l’essence frelaté. Mais du fait de l’interdiction de ce commerce par le gouvernement togolais, j’ai vu mes produits saisis. Je me suis retrouvée avec une dette de 1.017.000f que je ne savais comment rembourser ». Tel est le début de l’histoire de dame Marie togolaise de la trentaine rencontrée à Parakou. Se retrouvant du jour au lendemain seule avec une fille à sa charge, sans boulot et condamnée à payer ses dettes, Marie n’avait de choix que chercher autre source de revenue. Elle quittera son pays pour le Bénin. Après plusieurs mois à Cotonou sans job, des nuits passées à l’église saint Michel à implorer l’aide divine en vain, Marie devait décider de son sort. Après moult réflexions, Marie a fait le choix d’utiliser ce qu’elle a pour obtenir ce qu’elle veut. Aucun meilleur choix ne semblait s’être présenté à elle que celui de vendre son corps. Marie devint ‘’ une belle de nuit ‘’.
Tout comme Marie, elles sont nombreuses à opérer ce choix face à certaines situations de la vie. « J’étais la sixième femme de mon mari et j’ai cinq enfants. Mon mari ne s’occupait pas de moi et de mes enfants. C’est pour pouvoir nourrir mes enfants et assurer leur éducation que je me suis lancée dans ce métier », a confié dame Lucie, béninoise de la quarantaine. Inès quant à elle, devait faire face aux études de ses deux petits frères et subvenir aux besoins de sa maman après le décès prématuré de son papa. « Après la mort de papa, les charges de la famille me revenaient. J’ai dû abandonner les cours à 17 ans pour être serveuse dans un bar à Calavi d’où j’ai connu ce métier », les yeux imbibés de larmes, se confiait-elle avec une voix à peine audible.
« J’ai commencé à Guinkomè et au stade de l’amitié. Mais compte tenu de la cherté des chambres, je suis venue à Parakou », affirme Marie avec beaucoup de douleur. Inès elle, avoue avoir profité pendant quelques temps de son travail de serveuse pour pratiquer la prostitution avant de s’y attacher définitivement, « j’ai été serveuse pendant deux ans, et durant tout ce temps je me livrais aux hommes pour de l’argent. J’ai fini par laisser le service pour m’en tenir à ce métier seul depuis trois ans ».
C’est là, la triste réalité qui se cache derrière chaque femme positionnée au bord des voies à la recherche d’un client en quête de satisfaction sexuelle. Elles y sont le plus souvent par contrainte. Elles y sont pour la plupart du temps, parce qu’elles n’ont eu autre choix à une période donnée de leur vie. Elles y sont parce que la vie le leur a imposé.

Pourquoi la prostitution ?

« Dans la vie, l’on a toujours le choix », affirme-t-on. Décider de devenir ‘’prostitué’’ a été donc un choix. Au moment où un choix s’est imposé à elles, elles auraient pu opter pour un métier plus noble. Il ressort clairement que la ‘’prostitution’’ est le choix le plus facile. Quoi de plus facile qu’un métier qui n’exige pas un capital encore moins une demande d’emploi ou un curriculum vitae. Aller à la prostitution parait pour la société, l’expression de la déviance sociale la plus ahurissante. C’est le niveau le plus bas où peut atterrir une femme. Opter pour ce métier quelles que soient les circonstances, c’est faire preuve de bassesse, c’est s’immerger dans la honte la plus « honteuse ».

Et pourtant, on y gagne sa vie !

« Grâce à Dieu, j’ai pu rembourser toute ma dette par ce métier », s’exclame Marie avant d’ajouter, « j’ai même acheté une parcelle déjà en fin de construction ». Tout comme dame Marie, ‘’les filles de joie’’ arrivent à s’en sortir. Ayant pour la plupart des charges familiales, elles envoient régulièrement de l’argent à leur famille ou économisent pour la réalisation de certains de leurs projets. D’autres comme Love, arrivent à économiser pour se marier, « je suis entrain d’économiser pour mon mariage. Quand j’aurai ce qu’il faut, je vais rentrer me marier chez moi ». Grâce à ce métier, Lucie est arrivée à prendre en charge ses cinq enfants. Parmi ses enfants, il y a un qui travaille déjà, l’autre a sa licence et en stage présentement. Marie quand à elle, a sa fille de dix-huit ans en apprentissage de la haute couture.

L’organisation du travail de sexe

Même si ce métier peine à être reconnu par le gouvernement et accepté par la société, ses acteurs s’efforcent à s’adapter à quelques règles qu’ils se sont établies avec le temps. Ainsi, de Cotonou à Parakou, le prix varie soit en fonction de la morphologie de la fille, soit en fonction des exigences du client ou de la taille de son sexe. « Ici on prend mille (1.000) francs par coup, parfois on peut trouver jusqu’à six mille (6.000), voir dix (10.000) francs par coup lorsque le client exige des caresses, des positions, des gémissements et autres », explique dame Marie. Selon les dires des ‘’ filles de joie ’’, il arrive que des clients désirent passer toute une nuit avec elles, ce qui fait monter les enchères. D’autres clients proposent entretenir des rapports sexuels avec elles sans le préservatif, les exposant à toutes sortes de maladies sexuellement transmissibles.

Un suivi médical gratuit

Exposées à toutes sortes de maladies, un suivi médical s’impose. « Actuellement il y a un projet qui les prend en charge. Le projet dure dix (10) mois renouvelables et son but est de les sensibiliser parce qu’elles constituent des personnes à risque » a affirmé Marc Adjalla, infirmier diplômé d’Etat et responsable de services adaptés à Osv Jordan. Il s’agit en effet d’un programme national qui met à la disposition des services adaptés des médicaments. « Pour bénéficier gratuitement de ces soins, chaque travailleuse de sexe doit présenter son carnet de suivi mensuel qui est comme sa carte d’identité » a-t-il précisé.

Des associations pour défendre leurs intérêts

Par ailleurs, pour mieux réglementer le secteur, les travailleuses de sexe créent des associations en leur sein. Les responsables désignés sont chargés de défendre les droits de leurs paires. Ils aident à résoudre les problèmes liés aux risques du métier tels que les violences, les abus, les maladies graves ou les décès.

Recours aux travailleuses de sexe, la solution pour certains hommes

Ils sont nombreux ces hommes, clients, qui vont vers les travailleuses de sexe pour diverses raisons. Certains y vont, pour éviter les dépenses multiples des petites amies alors que pour d’autres c’est pour satisfaire leur libido qu’ils n’arrivent pas à satisfaire à la maison. Une troisième catégorie est celle des hommes qui ont la peur d’aborder une femme. Ces derniers préfèrent juste payer pour satisfaire leur désir sexuel. Une quatrième catégorie est celle de ces hommes en situation de voyage sans leur compagne. Pour satisfaire leur désir, ils font recours aux services des ‘’ filles de joie ’’. De l’un ou l’autre des cas, le résultat est le même, une satisfaction à la limite de ses moyens.

De l’utilité des prostitués

Le métier de travailleuse de sexe bien que mal vu par la société joue un rôle très important. Selon le sociologue Dr Sotima S. Tchantipo enseignant chercheur à l’Université de Parakou, « le métier de travailleuse de sexe comme la plupart des métiers remplit une fonction publique ». Le spécialiste des questions de société analyse ce métier sur l’angle sociale et pense qu’il contribue à la réduction des crimes sexuels contre les enfants. A l’homme de la santé, Marc Adjalla de renchérir, « notre rôle, n’est pas de sensibiliser à laisser le métier, parce que, c’est un métier très utile à notre Nation aujourd’hui en ce sens que ça diminue progressivement le taux de viols dans notre société ».
L’autre problème que résoud le métier de sexe, est la prise en charge de plusieurs personnes. De part ce métier, beaucoup de filles de joie prennent soin de leur famille, assurent l’éducation de leurs frères et enfants et créent des activités génératrices de revenues. D’autres acteurs qui bénéficient de ce métier sont les propriétaires des chambres de passage de ces filles. Des logements qui coûtent la peau des fesses à ces dernières (de deux mille (2.000) à quinze mille (15.000) par jour et par fille selon la localité et le confort).

Il convient de retenir

Des « prostitués »

Travail du sexe, le plus vieux métier du monde est, « vu comme une solution de facilité pour les femmes, un raccourci puisque ce métier ne nécessite au préalable, aucune année de formation, aucun frais de formation, juste un peu de courage », affirme le Dr Raoul Atadé gynécologue obstétricien à l’Hôpital d’Inspection des Armées de Parakou. Cette idée que se fait le commun des mortels sur ce métier, sans être totalement fausse, contient certaines réalités. Ces femmes se donnent à ce métier pour gagner leur vie. Tout en exerçant leur métier, elles surviennent non seulement aux besoins de leur famille, mais satisfont également aux désirs sexuels de plusieurs personnes limitant ainsi les risques de viols, d’abus et autres problèmes sociaux.
Il est donc impérieux pour le gouvernement, d’accompagner ce corps de métier en vue de son organisation et de sa réglementation comme cela est légion dans plusieurs pays. Il y va de l’intérêt général de tous. Mais en attendant d’y arriver, Dr Raoul Atadé conseille, « dès l’apparition des signes anormaux au niveau de la partie génitale, elles doivent consulter très tôt un spécialiste et ne doivent pas avoir honte de se présenter comme travailleuses de sexe ».

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