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Des unions de circonstance pour un avenir incertain

Parmi les cinq piliers fondamentaux de l’islam, figure le jeûne musulman qui s’observe durant un mois. Mais avant le démarrage de cette période d’intenses prières, de jeûne et de partage, les fidèles musulmans se préparent. Au Bénin, la préparation du jeûne musulman rime avec les mariages en cascade. Il ne passe un seul week-end dans cette période sans que des couples ne s’unissent dans les mosquées. Même si, se marier est un souhait que plusieurs hommes et femmes partagent dans la vie, l’on est en droit de se poser des questions quand cet acte est concentré dans un laps de temps pour ne durer que le temps d’un feu de paille. Qu’est-ce qui expliquerait le fort taux de mariage à la veille du jeûne musulman et quelles pourraient en être les conséquences ?

Barnabas OROU KOUMAN

Le mariage peut se définir comme une union légale ou religieuse entre deux personnes notamment de sexe opposé pour la vie. Cet acte nécessite généralement le consentement des deux conjoints. Mais force est de constater qu’à l’approche de chaque mois de ramadan, les jeunes musulmans s’adonnent plus au mariage qui est célébré à foison tous les week-end.

De la légalité de ces mariages et leur motif

Sur ces deux questions les avis diffèrent d’une personne à une autre. Ainsi pour les autorités religieuses, le souci de mieux accomplir l’acte du jeûne et recevoir pleinement les bénédictions qui y sont affectées peut justifier cet acte comme l’explique l’islamologue et prêcheur de la mosquée Alhouda Moussa Daouda, « lorsqu’on prend deux fidèles musulmans, un marié et l’autre célibataire, au cours du mois de ramadan celui qui est marié a moins de difficultés dans son alimentation que celui qui n’est pas marié… ». « Deuxièmement au cours du mois de ramadan celui qui est marié aura ses désirs sexuels satisfaits et n’aura plus de vision vers les femmes de manière à compromettre la validité de son jeûne », a-t-il poursuivi. Ces propos sont renchéris par le sociologue Dr Saï Sotima Tchantipo qui pense que « l’Islam est une religion de pureté donc il faut éviter que les gens aient des relations sexuelles hors mariage afin que le jeûne soit valable. Il faut que la personne qui vous fasse la cuisine pendant le mois de ramadan soit votre épouse, en tout cas légitimement mariée devant les autorités musulmanes.». Il découle des propos de ces deux personnalités que ces mariages entrent en ligne droite des préparatifs du mois de ramadan puisqu’ils permettent aux fidèles musulmans de jeûner dans les conditions agréables prescrites et recommandées.
Aussi le mariage est perçu comme un moyen d’éviter la débauche sexuelle dans le rang des jeunes. Pour cette raison parfois les parents ne tiennent pas compte du consentement des futurs conjoints, mais agissent juste pour les préserver des dangers ou malédictions liées à la débauche. Toujours dans le souci de bien traverser la période du jeûne, plusieurs hommes usent de la ruse ou la duperie pour épouser de façon circonstancielle des filles avec qui ils n’ont jamais pensé vivre ensemble pour toujours. L’autre chose est que ces mariages circonstanciels sont parfois consensuels.

Des mariages de l’impasse.

« En effet, le mariage, l’union entre deux personnes et au-delà deux familles, devrait être une chose bien pensée, bien réfléchie qui est l’aboutissement d’un long processus depuis l’amitié en passant par les fiançailles.», affirme le socio-anthropologue. « Mais le faire de la façon telle que décrite, cela n’augure pas généralement d’un meilleur avenir dans la mesure où les époux parfois ne se connaissent même pas », s’en désole le docteur Saï Sotima Tchantipo. Ces propos annoncent clairement comment se terminent souvent ces mariages peu mûris et célébrés à la hâte. Cependant les conséquences vont au-delà des divorces en cascades au lendemain de la fête du ramadan. Des malaises au sein du couple pendant et après le ramadan en passant par les actes d’infidélités des deux partenaires, de toutes formes de violences sur la femme à l’abandon des enfants, fruits de ces unions peu pensées, ces mariages laissent assez de séquelles aux acteurs impliqués. Les enfants sont pour la plupart du temps les plus touchés dans ces unions. Ce qui a forcément un impact sur le tissu social. « On dit que l’enfant est le père de l’adulte or un enfant éduqué dans les conditions anormales ne peut donner que des adultes qui ne sont pas prêts à contribuer au développement d’une Nation », pense l’enseignant d’université. De l’avis des uns et des autres, ces mariages réussissent peu et ont des conséquences incalculables.

D’éventuelles précautions à l’avenir!

Le mariage étant une union pour la vie, il est important que les parties aspirant à cette union soient consentantes et préparées d’avance à la nouvelle vie qu’ils commenceront à mener. De l’autre côté il faudrait que les jeunes musulmans comprennent que, « s’il faut dégager un mois au cours duquel des musulmans devraient célébrer le mariage, ça devrait être le dixième mois lunaire dite Shawwal en arabe qui succède le mois de ramadan parce que le messager Mohamed (paix et bénédiction de Dieu soit sur lui) a célébré le mariage de deux de ses femmes au cours de ce mois», propose l’islamologue. « Mais cela ne veut pas dire qu’on ne doit pas célébrer le mariage dans les onze autres mois restants », prévient-il. Il est aussi urgent qu’une éducation sur la santé sexuelle de reproduction soit faite aux filles pour éviter des grossesses honteuses, et planifier les naissances en cas de mariage à la hâte afin de limiter les dégâts. Pour conclure, Dr Sotima lance un appel aux parents qui donnent leurs filles en mariage, « les parents qui donnent leur fille en mariage, doivent repenser la chose ».

 

Il convient de retenir!

Il est clair au vu de la situation que tous les mariages célébrés à la veille du jeûne musulman, ne sont pas sérieux. Poussés par l’envie de s’attirer les bénédictions du mois saint, plusieurs fidèles musulmans s’embourbent dans des alliances qui finissent par se révéler sans avenir. Pour finir, des économies partent en fumé, des espoirs s’envolent, l’infidélité s’installe, le climat social se dégrade et des âmes innocentes en payent le prix. Le mariage est un acte très sérieux qui nécessite un recule conséquent avant de s’y lancer, car, comme le dit l’adage, « tel on fait son lit, tel on se couche ».

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