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Quand des populations veillent pour leur sommeil

. Brigades Civiles de Sécurité à Parakou, un cas qui doit faire école

L’un des éléments qui garantissent le développement d’un pays est la sécurité. Indispensable à toute initiative au sein d’une société, la sécurité reste et demeure la priorité de plusieurs dirigeants en Afrique notamment dans l’Afrique occidentale. De nombreuses réformes sont mises en œuvre pour relever les défis sécuritaires qui s’imposent à tous les dirigeants. Au Bénin, le gouvernement de Patrice Talon, a été accueilli par plusieurs situations d’insécurité, l’imposant de profondes réflexions pour corriger la donne. Quelques mois après, la situation a été maîtrisée grâce à la diligence du gouvernement dans la mise en œuvre de plusieurs réformes dans le domaine de la sécurité. Ces réformes ne se sont pas limitées au niveau étatique, des unités administratives territoriales ont également pris des dispositions pour assurer la sécurité des personnes et des biens sur leurs territoires. C’est le cas de la troisième ville à statut particulier du Bénin, Parakou où les autorités municipales ont procédé à la mise en place des Brigades Civiles de Sécurité (Bcs) dans plusieurs quartiers. En collaboration avec la police Républicaine, les Bcs œuvrent de façon permanente pour étouffer à l’échelle locale tout acte d’insécurité. Une initiative qui comble les attentes des populations compte-tenu des résultats obtenus.

Barnabas OROU KOUMAN

L’Afrique de l’Ouest est une région sujette à toutes formes de convoitises et de tensions compte- tenu de ses ressources et de sa situation géostratégique. Même si le Bénin, petit pays de cette région, est connu pour sa stabilité politique depuis les années 90, il n’est pas exempt de plusieurs actes d’insécurité allant de petits vols, aux vols à main armée pour finir aux crimes. Cette insécurité a atteint l’un de ses pics à l’avènement du gouvernement de Patrice Talon. Ainsi, pour pallier à cette situation inquiétante, tout en engageant des réformes fortes dans le secteur sécuritaire du pays, le ministre de l’intérieur et de la sécurité publique, Sacca Lafia affirmait le mardi 7 novembre 2017 à l’ouverture de la première édition de la conférence sur la sécurité intérieure, « la sécurité doit cesser d’être l’affaire exclusive de la puissance publique…». Cet appel a reçu un écho favorable auprès des unités territoriales décentralisées qui à l’instar du gouvernement ont pris à bras-le-corps, la question de la sécurité à la base, conformément à l’article 47 de la loi N°2013-05 portant administration et fonctionnement des unités administratives locales en République du Bénin. Existant depuis plus d’une décennie et ayant connu une interruption dans le temps, les Bcs reprennent vie à Parakou grâce à l’équipe du maire Charles Toko.

Un bon fonctionnement pour des résultats probants

Les membres des brigades civiles de sécurité sont sélectionnés selon des critères bien déterminés. Selon le chef du troisième arrondissement de Parakou Moustapha Orou-Gankou, « les brigades civiles de sécurité, sont animées par les habitants des différents quartiers, les gens qui maîtrisent tous les coins du quartier, qui ne sont pas nuisibles à la commune,…. Mais ces personnes respectent des critères comme la bonne moralité, quelqu’un qui est connu dans la localité, qui n’a aucun problème; l’intégrité, quelqu’un qui est volontaire à faire le travail juste pour la sécurité. Une sensibilisation est faite à ces agents avant qu’ils n’aillent sur le terrain ». Ces critères permettent d’avoir une équipe de personnes connues par les habitants de leurs quartiers respectifs et capables d’identifier de personnes suspectes.
Les différentes brigades civiles de sécurité sont sous la responsabilité directe de leurs chefs quartiers qui rendent compte par voie hiérarchique à l’autorité municipale.
« Nous sommes chargés de maintenir la sécurité dans le quartier compte-tenu de l’insécurité grandissante et du nombre insuffisant des corps kakis », a affirmé Dangou Abraham, membre de la brigade civile de sécurité du quartier Albarika dans le premier arrondissement. Exposant leur mode opératoire, Abraham confie, « nous sommes constitués de 5 ou 6 équipes. Deux équipes sont fixes et les autres patrouillent. Comme ça, vous pouvez dribbler un poste mais vous tomberez toujours sur une équipe de patrouille ».
Ces brigades sont coiffées par les forces de l’ordre, les agents de la police républicaine. Elles se communiquent entre elles de telle sorte que pour des cas urgents les agents d’une brigade peuvent faire appel aux agents d’une autre. Des stratégies qui portent leurs fruits compte-tenu des résultats obtenus comme le témoignent les dires du chef quartier Albarika, « nous avons appréhendé des petits voleurs de moutons et de cabris qui ont été conduits au commissariat plusieurs fois ». « Ensuite, des motos suspectes ont été arrêtées et conduites à la police avec leurs conducteurs », a-t-il ajouté. Outre ces résultats, les agents affirment avoir plusieurs fois déjoué des projets d’actes de braquages, de cambriolages et toutes sortes d’actes liés à l’insécurité. A Moustapha Orou-Gankou de renchérir, « il y a eu plusieurs améliorations dans le domaine de la sécurité des biens et des personnes dans les différents quartiers en particulier et dans la ville en général ».
Ces différents résultats reçoivent l’approbation de la population qui s’en réjouit. « Je quitte du boulot très tardivement et dès que je sors, ils sont déjà là. Je circule sereinement », témoigne Corneille Bah, habitant du nouveau quartier dans le troisième arrondissement. Justin Gnan quant à lui, reconnaît que l’insécurité a diminué même si elle n’a pas totalement disparu dans son quartier.

Une étroite collaboration avec la Police Républicaine

Il existe une complémentarité entre les agents des Bcs et la police républicaine. En effet, les Bcs sont en contact permanent avec la police. Elles l’informent de toute situation ou comportement pouvant compromettre la sécurité ou la quiétude de la population de jour comme de nuit. Au cours de leurs opérations nocturnes, les forces de l’ordre font des patrouilles de vérification au niveau des postes de ces Bcs. « Lorsque nous arrêtons des motos sans pièces, nous les amenons au commissariat de Tibona », confie Soti Francky agent de la Bcs Thian dans le premier arrondissement.

Pour le commissaire de police de 1ère classe Bokpin Barnabé Amagbégnon, commissaire central de la ville de Parakou, Les brigades civiles de sécurité sont l’émanation des comités locaux de sécurité (Cls). Selon lui, « les Cls sont des instances au cours desquelles les problèmes locaux de sécurité sont discutées et analysées et des résolutions et recommandations sont prises en présence de la Police Républicaine». « Alors ne pouvant pas être partout à la fois, ces brigades viennent en appui aux forces de la police républicaine de leur ressort », a-t-il déclaré. Pour le patron de la sécurité de la troisième ville à statut particulier, ces Bcs, « dépendent des pouvoirs locaux mais exercent sous le regard et le contrôle des commissaires d’arrondissement à qui elles rendent compte immédiatement des faits dont elles ont connaissance».

Défis sécuritaires de la ville de Parakou
«Nous qui sommes ici on se sacrifie, on est à l’abattoir parce que ceux qu’on veut affronter sont équipés». C’est en ces termes que Guy Tognisso membre de la Bcs du quartier Kpérou Guerra du premier arrondissement, exprime les difficultés auxquelles ils sont confrontés dans l’exercice de leur activité de sécurité. Ainsi dans leur élan ces agents des Bcs manifestent clairement leur désir de formation, et d’accompagnement matériel et financier pour plus de résultats à l’avenir. Les autorités municipales sont donc interpellées. Il est à remarquer que la collaboration de la population laisse encore à désirer, alors, à cet effet leur sens patriotique est vivement sollicité pour faciliter la tâche à ces agents. Le maire Charles Toko envisage la création d’une police municipale qui coordonnera les activités de ces Bcs. Elles seront selon lui, dotées d’équipements nécessaires. La création des Bcs dans tous les quartiers de la ville de Parakou reste un défi à relever par le maire Charles Toko.

 

 

Il va sans dire que les différents résultats obtenus par ces Bcs augurent d’un meilleur lendemain pour la sécurité, car elles permettent d’étouffer tout projet visant à perturber la quiétude des populations depuis la base. Les Bcs apparaissent comme une meilleure thérapie aux nombreux cas d’insécurité enregistrés au Bénin. Elles se présentent également comme une initiative qui pourrait faire mouche en Afrique de l’Ouest surtout dans les pays en proie à des cas de terrorisme et de grand banditisme. La mise en œuvre de cette expérience de Parakou dans les villes de l’Afrique occidentale contribuera à coup sûr à baisser les cas d’insécurité car, « on évolue par imitation ».

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