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Depuis le 18 mai dernier, le directeur national de la police républicaine, Nazaire Hounnonkpè a mis fin à l’organisation de la sécurité des populations par elles-mêmes. Désormais plus de barrière érigée dans des ruelles de nos villes par des jeunes qui prétendent assurer une sécurité quelconque à la population. Ainsi, les brigades civiles de sécurité sont dès lors rangées au placard de l’histoire. Pour l’heure, on note une désolation au sein des parakois et déjà des inquiétudes s’installent chez les habitants de la troisième ville à statut particulier du Bénin pour qui cette initiative était salvatrice.

Edouard ADODE (stg)

Considérées comme des auxiliaires des forces de l’ordre dans les villes et campagnes, les Brigades Civiles de Sécurité (Bcs) représentaient pour les populations de véritables cellules de sécurité proches d’elles. Nonobstant, les raisons qui ont concouru à la mise en place de ces brigades, les exploits faits par ces dernières dans certains quartiers forcent l’admiration de plusieurs personnes. Mais à côté de ces exploits, de graves erreurs et d’énormes insuffisances ont été également observées dans le fonctionnement de ces Bcs.

Des insuffisances qui caractérisaient le fonctionnement des Bcs

Les Bcs n’étaient régies par aucun texte de la République. Leur fonctionnement était basé sur de simples décisions des autorités communales. Les agents qui constituaient ces brigades étaient recrutés sur la base de simples appréciations des élus locaux. Ils ne suivent aucune formation préalable et ne disposent d’aucuns moyens. Le système des Bcs étaient très simples que des infiltrations étaient possibles. Des complicités étaient également possibles entre membres ‘’délinquants’’ des Bcs et les hors-la-loi de sorte que des informations pouvaient filtrer pour orienter une partie. Bref, il avait un ménage à faire à ce niveau, surtout qu’il s’agit de la sécurité des populations et de leurs biens.

Pourtant, ils assuraient

Malgré ces nombreuses insuffisances, les Bcs participaient beaucoup au maintien de la sécurité des paisibles populations de Parakou. Leur présence dans les coins stratégiques de la ville, dissuadait les divorcés sociaux. Ils participaient à déjouer les plans machiavéliques des hors-la-loi. A Parakou l’avènement des Bcs a participé à instaurer plus de sécurité dans les quartiers. Une certaine assurance s’est installée dans le cœur des citoyens, surtout ceux noctambules, qui pouvaient être sûrs que des personnes veillaient pour leur sécurité dans le quartier.
Par ailleurs, les résultats de ces Bcs parlent d’eux-mêmes. Des braqueurs arrêtés, des voleurs appréhendés, des cambrioleurs stoppés, de petits voleurs de ruminants et autres arrêtés. Des braquages et cambriolages déjoués.

Quand la Police Républicaine prend ses responsabilités

Pour le directeur de la police républicaine, la thérapie qu’il faut est de mettre fin à l’initiative. Cette décision du directeur national de la police républicaine est très bien louable. Louable parce que d’une part, elle permet de prévenir de graves dérives à l’avenir, surtout des troubles à l’ordre public. D’autre part, elle peut être une manière de reculer pour bien sauter, puisque la plupart de ceux qui animent ces brigades n’ont pas reçu une formation adéquate en la matière.
Par ailleurs, ce signal peut être également compris comme le signe d’une bonne vitalité de la police qui semble ne plus avoir besoin de cette aide encombrante. Cette décision vient mettre la nouvelle police face au défi de sécurité qui est une mission régalienne de l’Etat centrale, comme le confirme le commissaire central de Parakou, Barnabé Amagbégnon reçu sur l’émission le grand direct de Fraternité fm de ce mardi 29 mai 2018, « il faut des professionnels pour exercer des activités d’une certaines envergures et en matière de sécurité, c’est une fonction régalienne de l’Etat, qu’on ne saurait confier à des gens qui ne sont pas formés ». La sécurité retourne d’emblée dans les mains des professionnels, quand bien même les populations s’en désolent. Mais au sein de la population, cette décision semble ne pas rencontrer l’assentiment des uns et des autres.

Les populations s’inquiètent

L’ambiance dans les rues des quartiers de Parakou a complètement changé depuis cette décision. Désormais chaque citoyen doit tout d’abord assurer sa propre sécurité comme l’a insinué le ministre de l’intérieur et de la sécurité publique Sacca Lafia au cours de l’une de ses sorties. Les populations de Parakou conscientes du rôle que jouaient les Bcs ne sont pas d’avis avec Nazaire Hounnoukpè. « Qu’allons-nous devenir maintenant ? », s’interroge Kassim Abdoulaye tout inquiet. Pour Samadou Dakou habitant du quartier Albarika dans le premier arrondissement de Parakou, « ces brigades dissuadaient les voleurs, à n’importe quelle heure de la nuit, des jeunes étaient positionnés un peu partout et on circulait sans crainte ». Pour Franck Assogba, « les policiers ne sont pas assez nombreux pour nous protéger, refuser l’aide des jeunes des quartiers est une grave erreur ». En se focalisant sur l’effectif des forces de l’ordre, les populations voient la mission plus grande que la police républicaine. « Est-ce que la police peut faire des patrouilles jusqu’à ici à Orou-Guérérou ? Même si elle le fait, ce ne serait pas régulièrement, et c’est là le problème », se désole Marc Sodédji, habitant de Orou- Guérérou, dans la commune de Parakou. Visiblement, la population manifeste la peur pour un regain des actes d’insécurité dans les coins reculés des villes et campagnes. Pour Foulérath Manin, « le vol a diminué dans notre quartier Kpébié depuis que les jeunes du quartier assuraient la garde ». « Je suis sûr que les bandits vont revenir en force maintenant », s’en désole-t-elle. Les plus sceptiques voient en cette mesure, une mesure par laquelle l’Etat infligera davantage de punition aux autorités policières, « Talon ne fait rien au hasard, vous allez voir si ça ne marche pas, ce sont les grands chefs qu’il va commencer par punir  », déclare dame Bernadette, tenancière d’un maquis au quartier Tranza. Ainsi, tout le monde attend de la police des exploits pour une confiance méritée.

Il ressort clairement que les populations de la cité des Koburu sont loin d’être rassurées par cette décision. Le fait est là. Malgré les insuffisances de ces Bcs, elles participaient à assurer la sécurité des populations et à dissuader les divorcés sociaux. Le maire Charles Toko qui avait pour objectif de partir de ces brigades pour créer une police municipale semble être incompris et stoppé dans son élan de gladiateur.

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