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TRAVAIL DES ENFANTS DÉLAISSÉS

Des adolescents à la conquête d’une maturité précoce

L’enfant est le plus beau cadeau de Dieu. Raison pour laquelle il mérite soins et attention de

Allou Souradjou, élève en classe de terminale au Ceg Zongo

 la part de ses géniteurs selon ses droits. Cependant, certains enfants bien que n’étant pas orphelins, sont privés des droits primordiaux notamment celui de l’éducation. Soucieux de leur réussite, la plupart de ces enfants se débrouille pour se prendre en charge. Les causes de cette situation sont multiples et diverses bien qu’elle ne soit pas sans conséquences sur la société.

Anatole SINKIN et Véronique TAKOU (Stgs)

Pour assurer la protection de l’enfant dans le monde, l’Assemblée Générale (Ag) de l’Organisation des Nations-Unies (Onu) a adopté la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (Cide) en 1989. À l’instar des autres pays du monde, le Bénin a ratifié cette convention et d’autres instruments juridiques internationaux ou régionaux préservant le droit de l’enfant. Mais en pratique, ces textes semblent être appliqués pour une infirme partie de la population béninoise. Dans nos villes et campagnes beaucoup d’enfants devant bénéficier de ces droits sont abandonnés à la nature. Ces derniers se voient obligés de se débrouiller d’une manière ou d’une autre pour survivre et même pour leur formation.

Une situation bien connue de tous

Les structures publiques chargées des questions sociales en sont bien conscientes. « Oui, il arrive que certains jeunes élèves ou étudiants passent pour solliciter le soutien de scolarité ou de fournitures scolaires », approuve Fatimatou Traoré Alkoiret, Chef du Centre de Promotion Sociale 1 (Cps) Parakou. Roger Nagassi professeur des lycées et collèges témoigne et confirme, « j’ai même été tuteur de 70 étudiants qui ont été pris en charge ici à Parakou par un français résidant à Dassa en son temps. Et ce, pendant trois ans jusqu’au moment où le blanc est réparti chez lui (en France) ». Il précise que cette situation est remarquée au niveau des peuples de l’Atacora et les Peulhs notamment les Gando. Un tour dans les collèges et lycées de Parakou, et le constat est frappant. Clément Nouanti, élève en classe de 3e au Ceg Nima (Parakou) s’exprime, « en fait, papa est malade, il est au village. Et maman est décédée. Donc je ne peux plus demander quoique ce soit à papa. C’est ça ». Il renchérit en ces termes, « c’est depuis que j’étais en 6è que j’ai commencé par payer ma contribution et acheter mes fournitures aussi ». Ce sont là les conditions qui ont plongé l’élève Clément dans cette situation.
C’est clair, des enfants parents existent dans la société. Livrés à eux-mêmes pour plusieurs raisons, ils se voient condamnés à assumer un rôle qui revient normalement à leurs géniteurs.

Les raisons de cette misère

Plusieurs facteurs sont favorables à cette déplorable situation de vie. Certains de ces facteurs ont été évoqués par les acteurs sociaux et témoins de la situation. Pour le professeur Roger, c’est l’ignorance, l’incapacité des parents et la polygamie qui sont la base de ce malheur. Alassane Yarou Boni, Proviseur du lycée Mathieu Bouké de Parakou évoque le nombre irraisonné des enfants que font les africains. Pour lui, c’est ce qui explique l’incapacité des parents à supporter leurs enfants. Toutefois, d’autres sont délaissés non pas parce qu’ils ont des parents pauvres mais parce qu’ils sont handicapés. Gbirbou Donné Karim, élève handicapé en seconde D au lycée Mathieu Bouké confirme, « … et après le Cep quand je demande l’argent à mes parents, ils disent qu’ils ne vont pas donner. Ce n’est pas qu’ils n’en ont pas hein, mais ils ne veulent pas que je fréquente ». De ces dires, on note une grande défaillance et une démission totale des parents de leurs responsabilités, livrant ainsi leurs progénitures à de graves souffrances physiques et psychologiques.

Une vie de combattant

«  Ils n’ont pas de petits déjeuners, ni les frais de photocopies, quand on sait qu’aujourd’hui l’Approche Par Compétences (Apc) se fait avec beaucoup de supports », c’est par ces mots que Roger Nagassi expose les conditions de vie de ces jeunes. Ils s’acquittent difficilement de la contribution scolaire ou académique et ils ont toujours des fournitures scolaires incomplètes. Couchés sur des petites nattes, ils apprennent leurs leçons à l’aide des lampes torches et des lampes « Yayi Boni ». Et quant aux étudiants, ils partagent une petite chambre (entrée-couché) à trois, quarte, voir plus. Ils se partagent difficilement les repas. Ils n’ont souvent pas les trois repas par jour. Pour subvenir à leurs besoins quotidiens, ces gens s’adonnent à diverses activités pouvant leur apporter de petites revenues. Ils sont toujours dans des plantations pour faire des travaux champêtres pour ceux qui sont dans les campagnes et au niveau des chantiers de constructions pour ceux qui sont dans les centres villes. Clément fait savoir, «  c’est avec l’argent de jobs que je fais dans les champs des gens que je paie ma contribution et mes fournitures ». Par conséquent, certains n’arrivent pas à suivre les cours. On peut même les voir somnoler en classe à cause de la fatigue.
Parfois, les responsables d’établissements scolaires se voient obligés de venir en aide à ces élèves. Oscar Tchabi, comptable au Ceg Nima se prononce, «  d’habitude ils viennent expliquer leurs cas. Certains disent que c’est dans la saison pluvieuse qu’ils pourront payer et d’autres paient par tranche de 1000f ou 2000f. Et je les comprends, j’accepte ». Alassane Yarou Boni proviseur du lycée Mathieu Bouké de Parakou, quant à lui, sort de l’argent de sa poche pour aider ces catégories d’élèves de son établissement. Il n’est pas le seul à le faire comme il le témoigne, «  par mois, ce qui nous sort de la poche, ce n’est pas moins de 25000f pour venir en aide à deux élèves… Nous sommes avec des collaborateurs qui font pareil, jusqu’aux professeurs ». Outre les aides provenant rarement des bonnes volontés, ces élèves et étudiants n’ont aucun soutien d’une quelconque organisation. Même le Cps n’a pas prévu un programme d’aide à cette catégorie de jeunes. Selon Fatimatou Traoré Alkoiret, Chef du Cps 1 Parakou, les différents types d’aides qui sont disponibles à son niveau à l’endroit des élèves, ne concernent que ceux qui ont moins de 18 ans. « … Je le précise, c’est vraiment pour les enfants, c’est-à-dire moins de 18 ans ». Confirme-t-elle.

Malgré tout, ils s’en sortent

Pourtant ces élèves et étudiants sont très intelligents. Ils sont souvent les meilleurs dans les classes selon le professeur Roger. « Par exemple, nous avons connu ces conditions, dans ma promotion, parmi nous, la plupart mange à leur faim aujourd’hui », dixit-il. La plupart de ces enfants parviennent à s’en sortir mieux que ceux qui ont tout à leur disposition. Animés par une rage de réussir et conscients de leur situation, ces enfants se consolent avec le succès. Etant maître de leur destin, ils se fixent des objectifs qu’ils atteignent à tout prix. Dans la société actuelle, ils sont nombreux ces cadres qui ont pris par là. Leur courage, leur confiance en soi et leur détermination finissent par payer. Le bout du tunnel fini par leur ouvrir une page merveilleuse de leur histoire. Après beaucoup de souffrances, ils récoltent les fruits de leur labeur et mettent ainsi leurs progénitures à l’abri du besoin.
Aussi vrai que le soleil apparait à l’Est et disparait à l’Ouest, ainsi existe dans la société, des enfants-parents qui luttent seuls pour leur avenir. Se refusant de se lancer dans le banditisme, ils se battent pour leur avenir. Ils sont des héros, qui méritent l’attention particulière du gouvernement et des structures spécialisées dans l’humanitaire. Ils sont des modèles de réussite, des exemples à miroiter à la génération montante.

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