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L’Etat béninois a annoncé fin février 2017 son intention de sévir durement face à la vente des faux médicaments. Par la mise en exécution du projet Pangea II, des tonnes de faux médicaments ont été saisies le 09 mars 2017 sur toute l’étendue du territoire national. Quelques mois après, on note la disparition des étalages des médicaments au niveau des marchés publics et des rues. On observe cependant, le développement d’un marché noir animé par certains anciens vendeurs. Désespérés par la répression, ces derniers tentent de se maintenir et de répondre à la demande des consommateurs qui, eux aussi, se sont retrouvés d’un jour à l’autre sans alternative ou qui ont décidé de faire la sourde oreille face à un phénomène qui ronge des vies.

Barnabas OROU KOUMAN

Le gouvernement béninois, dans le souci d’améliorer la santé de ses administrés, a décidé de stopper drastiquement la vente des faux médicaments. Selon les spécialistes, les médicaments de la rue ne respectent pas les conditions de conservation adéquates pour pouvoir garder intacte leurs propriétés chimiques initiales. Car, un faux médicament peut se définir selon Babio Abdel-Wahid, docteur en pharmacie comme, « un médicament qui est retrouvé hors de son circuit officiel… ». Pour lui, le circuit officiel est celui reconnu par l’Etat, « … les médicaments qui quittent l’industrie pour les grossistes qui les distribuent aux officines pour se retrouver au niveau des hôpitaux qui sont chargés de les mettre à la disposition de la population ». Comme conditions susceptibles d’altérer la nature des médicaments, il cite, « la température et la composition de l’air». Ainsi, la consommation de ces produits constitue une intoxication. Pour cela, il salut la décision d’interdiction des faux médicaments par le gouvernement, « c’est une bonne initiative ». Pour Babio Abdel-Wahid, cette lutte valait la peine. Le secteur avait besoin selon lui, d’un certain nombre de reformes. « …la population devrait comprendre que c’est pour elle que le gouvernement est entrain de lutter », a-t-il martelé. Cependant, cette lutte du gouvernement, bien que noble semble souffrir de quelques insuffisances.

La précocité de la répression

Le secteur de la santé est très sensible et toute intervention dans ce domaine, mérite une grande prise de précautions. C’est ce qui semble avoir manqué dans l’initiative du gouvernement qui a trop vite été en besogne. Pour une bonne lutte contre les faux médicaments, l’idéal aurait été de songer d’abord à la construction de plusieurs centres de santé et de pharmacies. Dans un pays où des villages entiers manquent de dispensaires et même des chefs lieux de communes des pharmacies, il est très mal pensé d’interdire la commercialisation des faux médicaments qui apparait comme la seule alternative de ces populations qui manquent de tout. « Avec l’interdiction il faut faire des kilomètres pour un paracétamol qui ne coûte que 100 francs », confie une ex vendeuse du village de Komiguéa dans la commune de N’Dali. A Yaouza, ex vendeur de la même localité d’ajouter, « Nos clients étaient bien servis, ils étaient servis à temps et à moindre coût. Même avec 50 francs, ils trouvaient satisfaction. Avec 50 francs, qui peut d’abord se rendre à Parakou avant de prétendre se rendre dans une pharmacie ? ». L’idéal aurait également voulu que le gouvernement pense d’abord à la reconversion de ces milliers de vendeurs de faux médicaments qui ne vivaient que de ce commerce. Une ex vendeuse qui a requis l’anonymat, exprime cette nécessité, « Pour nous, ex vendeurs, c’est difficilement que nous survivons. Il n’y a rien que l’on puisse faire ». Elle ajoute, « Il faut pour cela que l’Etat nous arrive en aide, les prêts par exemple pour qu’on puisse s’investir ailleurs ». Dans un pays où, en effet, la pauvreté sévit et la misère impose sa loi, mettre fin à de pareilles activités est synonyme de sceller le sort de milliers de familles. C’est simplement perpétuer la misère.

Une bonne décision qui perpétue la misère

Unanimité est faite sur le caractère légitime et nécessaire de l’interdiction de la vente des faux médicaments. Cependant, sur le terrain, cette lutte laisse un goût très amer. Consommateurs et ex vendeurs ne savent plus à quel saint se vouer. La population n’a pas seulement perdu l’accessibilité géographique mais elle a aussi perdu celle économique. Désormais, pour s’acheter n’importe quel médicament, il faut parcourir des kilomètres. Pire, il n’est plus possible comme en avaient l’habitude, les populations, de s’approvisionner selon sa bourse, car les pharmacies ne servent pas en détail comme les anciens vendeurs. Par exemple, le vieux du quartier souffrant d’un mal de tête, ne peut plus s’acheter du paracétamol pour 25 francs à la pharmacie comme le lui servait la bonne dame qui était à deux pâtés de maisons. Les vendeurs, quant à eux, se sont retrouvés sans aucunes sources de revenues. C’est d’ailleurs, ce fait que soulignent ces propos d’une ex vendeuse du village de Komiguéa, « les médicaments nous permettaient de gagner de l’argent et d’apporter également notre aide à la population ». Un gagne pain de certains ‘’operateurs économiques’’ et une ‘’aide’’ de la population qui furent supprimés sans que l’Etat ne propose une alternative. Mais la nature ayant horreur du vide, certains anciens vendeurs ont choisi carrément continuer la vente sous une autre forme.

Quand le rythme du tam-tam change la cadence change aussi

La vente illégale des médicaments à visage découvert s’est transformée en un marché noir. Il ne s’agit plus d’avoir un billet de banque pour se procurer un médicament au bord de la rue ou dans un marché public. Il faut également comprendre un langage ésotérique sur les nouvelles techniques de vente, prudence oblige.
Marché international Arzèkè de Parakou, une dame est assise devant son étalage de fournitures scolaires. Au niveau de son parasol sont accrochés plusieurs paquets de préservatifs et quelques paquets d’aquatabs. Ce tableau est en effet un bon sous couvert d’un étalage de médicament. Au fond de ses articles se trouvent ses vrais articles, les médicaments. Interrogé, elle confie que c’est pour se conformer à la décision gouvernementale. Mais, à y voir de près, c’est plutôt pour tromper la vigilance du gouvernement. Certaine ex vendeurs ont choisi d’autres stratégies pour distribuer leur marchandise. C’est le cas d’une dame, rencontrée à Banikanni dans le deuxième arrondissement de Parakou qui se fait appeler vendeuse de fromage. Le fromage étant le code de vente des médicaments. Mieux, la vente s’effectue dans la clandestinité. Lorsqu’un client demande un produit en présence d’une personne étrangère, on lui répond tout simplement qu’il n’y en a pas. Il faut être connu du quartier ou inspirer confiance avant d’être servi, comme pour dire, prudence et mère de sureté.

Il ressort clairement que la commercialisation et la consommation des faux médicaments relève d’une question de santé publique. Le gouvernement a bien raison de vouloir mettre de l’ordre dans ce secteur pour le bien-être des populations. Cependant, il a manqué de prendre certaines dispositions combien indispensables pour une lutte efficace. La construction de plusieurs centres de santé et pharmacie sur toute l’étendue du territoire Nationale s’avère indispensable. Sans quoi, le marché noir prendra de l’ampleur.

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