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CARNET NOIR

Retour sur la vie du professeur Albert Tévoédjrè

Comme une traînée de poudre, la mort du frère Melchior, alors professeur Albert Tévoédjrè a fait le tour du monde ce matin du mercredi 6 novembre 2019. Un tour dans sa nouvelle résidence située à Adjati dans la commune d’Adjarra, ce n’est pas la joie au cœur pour le reste de la maisonnée. Albert Tévoédjrè qui pourtant se portait à merveille ce mercredi matin selon ses proches aurait senti quelques malaises après un besoin aux toilettes. Les premiers soins administrés n’auraient servi qu’à quelques heures de résistance et l’irréparable est ainsi consommé. La maison en pleine préparation pour les 90 bougies de l’homme prévues pour le weekend prochain devra redéfinir son projet car le pire est ainsi intervenu.

Qui est le professeur Albert Tévoédjrè ?

Né le 10 novembre 1929 à Porto-Novo, Albert Tévoedjrè, un ancien séminariste est marié à Isabelle Ekue, professeur de lettres, très engagée dans la lutte contre l’excision. Le couple, chrétien catholique engagé a trois enfants et habite au » Refuge du Pèlerin », une propriété située entre Porto Novo, sa ville natale et Cotonou, la capitale économique du pays.
Études et diplômes

Le professeur Albert Tévoédjrè est auréolé d’un riche parcours académique. Il a fait ses études primaires à l’école Saint-Joseph de Porto-Novo, une école catholique tenue à l’époque par les pères de la Société des Missions Africaines (SMA) de Lyon. Des études primaires couronnées par le CEP qu’il obtient brillamment en 1941.

Il entre ensuite au séminaire Saint Gall de Ouidah, pour son attachement à la foi catholique. Très bon élève, il est présenté en 1949 par son institution au Brevet élémentaire. Il est classé deuxième du Bénin derrière Jean Pliya…mais premier du séminaire qu’il abandonne quelques mois plus tard. Il entre au lycée Van Vollenhoven de Dakar. C’est là qu’il obtient le Bac C (latin et Mathématique) en 1952. « J’ai souffert parce que je ne suis pas un matheux, mais ça s’est bien passé. J’ai même eu la mention assez bien», se rappelle-t-il. C’est à l’université de Toulouse où il fait une licence d’Histoire, qu’il fait pour la première fois l’expérience de l’engagement politique. « C’est là que ma vocation politique est née, quand j’étais rédacteur en Chef de L’Etudiant Noir, organe militant de la Fédération des Etudiants d’Afrique noire en France (FEANF) ». En lisant Césaire, Albert Tévoédjrè est mordu. « Ça m’a beaucoup aidé à connaître la situation du Noir et ses responsabilités par rapport à lui-même», dit-il. Il décroche son doctorat à l’Ecole des hautes études internationales de Genève.

Riches expériences

Au Dahomey, l’homme sert d’abord au Lycée Victor Ballot devenu lycée Béhanzin, en tant que Professeur d’Histoire-Géographie. Il est ensuite nommé Secrétaire d’État à la Présidence de la République, Ministre de l’Information, avant d’être promu Secrétaire général de l’UAM (Union africaine et malgache).Son départ de l’UAM en 1963, lui ouvre les portes d’une carrière universitaire. Il donne ainsi des cours et dirige des séminaires de science politique à l’Institut africain de Genève et à l’Université de Georgetown de Washington, D.C..

De 1964 à 1965, il est chargé de recherche à l’Université de Harvard (Cambridge, Massachusetts) où il publiera son étude «Pan Africanism in Action – an Account of the UAM» (1965). Cette année-là, il entre au Bureau international du travail (BIT), comme expert en planification de la main-d’œuvre. Sa carrière internationale au BIT, ponctuée de promotions et de missions d’enseignement dans diverses universités à travers le monde, durera jusqu’en 1990, année de la conférence nationale. Déjà en 1984, il avait mis sur pied le Centre panafricain de prospective sociale (CPPS) qui sert d’institution de recherche pour le développement socio-économique de l’Afrique.

Parcours politique

Après la proclamation de l’indépendance de son pays en août 1960, Albert Tévoédjrè, ancien dirigeant de la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France et cofondateur du Mouvement africain de libération nationale, devient Secrétaire d’État à la Présidence de la République, Ministre de l’Information, poste qu’il occupe jusqu’à sa désignation comme Secrétaire général de l’UAM (Union africaine et malgache). Invité en qualité de personnalité à la Conférence des Forces vives de la Nation du Bénin, il a été chargé d’en présenter le Rapport général. Il fut également membre du Haut Conseil de la République. Commença alors pour lui une longue carrière politique:

Avril 1991 à mars 1996 : Député à l’Assemblée nationale, Président de la Commission des Relations extérieures, de la Coopération au développement, de la Défense et de la Sécurité.

10 avril 1996 au 24 juin 1999, il a été Ministre du Plan, de la Restructuration Économique et de la promotion de l’Emploi ; assurant régulièrement l’intérim du Président de la République durant ses absences avec chaque fois délégation des pouvoirs de « Chef du Gouvernement ».

1er juillet 1999 : coordonnateur du Projet «Millénaire pour l’Afrique» qui fonctionne sous l’égide des Nations unies à travers une Commission Indépendante. L’objectif de cette Commission Indépendante est d’engager une réflexion approfondie et de présenter des propositions significatives, originales et efficaces dans le but d’aider l’Afrique à s’emparer réellement des nouvelles chances qu’elle peut découvrir en elle-même ou que la Communauté internationale peut encore lui offrir à l’orée du Troisième Millénaire.

De février 2003 à février 2005, il a exercé les fonctions de Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies Koffi Annan pour assister les protagonistes de la crise en Côte d’Ivoire dans le cadre des stratégies de mise en application des Accords Kléber dits aussi de Linas-Marcoussis.

décembre 2004 : démission de son mandat de médiation en Cote d’Ivoire
avril 2006 : mission à Genève
2006 : Élections présidentielles soutien de Yayi Boni
juillet 2006 : premier Médiateur de la République du Bénin. Le professeur Albert Tévoédjrè est aussi auteur de plusieurs ouvrages:

Publications

L’Afrique Revoltée, Préface d’Alioune Diop, Présence Africaine; Paris 19587.
Vaincre l’humiliation, Rapport de la Commission Indépendante sur l’Afrique et les enjeux du 3e Millénaire, Avant propos par AMANTYA SEN Prix Nobel d’Économie.

Magnificat: Lettre au Cardinal Bernardin Gantin
La Formation des Cadres Africains en vue de la croissance économique, Thèse de Doctorat: Préface d’Alfred Sauvy, (Doctoral dissertation) Diloutremer, Paris 1965.
La Pauvreté Richesse des Peuples, Préface de Jan Tinbergen (Prix Nobel) et de Dom Helder Camara; Les Éditions Ouvrières, Paris 1977.
Mes Certitudes d’Espérance, Les Éditions Ouvrières; Paris 1984.
Albert Tévoédjrè, Compagnon d’Aventure (3 tome), Préface de Léopold Sédar Senghor, Berger – Levrault, Paris 1988.
Pan-Africanism in Action, AN ACCOUNT OF THE UAM – Cambridge Center For International Affairs.
Le bonheur de servir, L’Archipel, Paris, 2009 ;

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