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DECLIN DU SPECTACLE LIVE AU BENIN

Quand l’amateurisme musical dame le pion au professionnalisme

Le Bénin est un pays de grandes richesses musicales qui subissent des mutations au fil du temps et même semblent se détériorer du fait de l’apparition de certaines technologies modernes. Ainsi, les spectacles qui autrefois étaient assurés par des orchestres et des artistes qui séduisaient leur public de par la qualité de leur voix, la maîtrise de leur art et l’harmonie entre chanteur et instrumentistes, sont devenus très rares. Désormais l’artiste fait semblant de chanter en gesticulant avec le micro en main sur le podium, c’est l’ère du playback qui dame le pion au spectacle live. Face à cette situation qui cause la ruine de plusieurs talents, acteurs culturels et consommateurs de la musique décryptent le fléau et proposent des solutions.

Edouard ADODE

Dans les années 70, le Bénin était un laboratoire de musique en Afrique avec ses multiples orchestres qui faisaient parler d’eux un peu partout dans le monde. C’était la période où les bars étaient animés par la musique live des célèbres orchestres qui ont donné naissance à de merveilleuses voix fiertés de la musique béninoise. Ces orchestres étaient de véritables écoles où non seulement la musique s’apprenait, mais également le creuset par excellence où la musique dans toutes ses dimensions se vivait. «  En ce moment dans nos bars on dansait au karaoké avec les Black Santiago, les Super Borgou, Polyrithmo et autres », se souvient Clément Ayadji septuagénaire vivant à Parakou. Pour le promoteur culturel Gauthier Godonou, « dans les années 70, 80, 90 c’était la période de l’effervescence de la musique béninoise. Ça bougeait, il n’y avait pas de raison pour ne pas faire du live ». C’est une période qui a vu éclore des talents tels que Sagbohan Danialou, Tohon Stan, Siba Franco Mama, GG Vickey, Angélique Kidjo.

Mais aujourd’hui ce temps semble être révolu, le monde artistique enregistre au quotidien des nouveaux artistes, sans pour autant connaître autant de gloires comme par le passé. Au même moment, les orchestres se font de plus en plus rares avec des chanteurs incapables de se produire en live ou même de chanter dans la gamme ou dans le temps. Par conséquent, la plupart des spectacles se font désormais en playback. Ce qui ne révèle pas en réalité la qualité vocale et musicale de l’artiste.

La musique live sous la pression du playback

Pour la plupart des acteurs culturels, la négligence et la disparition de la pratique du live sont dues simplement à la prolifération des homes studios, c’est-à-dire des studios dans lesquels des morceaux sont enregistrés expresses sur programmation. Ce qui facilite la médiocrité dans le rang des jeunes artistes, comme l’a tristement souligné Gauthier Godonou puisque le processus que suivaient les anciens avant de se faire appeler artistes est désormais biaisé. « Pour devenir artiste, si je veux parler de nous notre génération, on a commencé depuis le collège et le playback n’existait pas puisque chaque collège avait son orchestre et même pour tenir le micro et chanter il faut passer par un orchestre », a rappelé Bourou’s man artiste chanteur président de la faîtière des artistes du septentrion. Ainsi, la tricherie n’était pas possible.
De même, la disparition du live serait également due à l’attitude de certains promoteurs de spectacles qui, compte tenu du coût de la prestation en live qui revient excessivement chère, préfèrent le playback qui ne nécessite que le déplacement de l’artiste et son cachet.

Le live une nécessité pour la suivie de l’art et de l’artiste

Certes, le live nécessite assez d’efforts et de moyens de la part de l’artiste, mais il se présente comme le seul moyen pour faire valoir les talents de l’artiste. « Sur les festivals à l’international, on ne fait pas du playback. Car si le spectateur doit payer son ticket pour aller voir la gesticulation d’un artiste sans le vivre sur la scène, il lui vaudrait mieux aller à la discothèque écouter le morceau », a fait savoir Gauthier Godonou. A Rodrigue Gotovi un autre promoteur culturel de renchérir, « le marché du disque n’existe plus et nous n’avons pas l’habitude d’acheter de la musique en ligne non plus. Alors dans cette condition, la seule manière par laquelle l’artiste peut vivre de son art, est la prestation live sur des festivals internationaux qui d’ailleurs sont très rigoureux sur la qualité de l’artiste sur scène ». Gauthier Godonou va plus loin et déduit que le fait que des artistes béninois ne travaillent pas assez pour prester en live, fait que la plupart du temps leurs carrières musicales stagnent à part quelques uns qui aujourd’hui font la fierté du Bénin à l’interne comme à l’international. Pour Amy Mako artiste musicienne, « pas de musique pour moi, si ce n’est pas du live. D’ailleurs je suis déjà moulée dans mon orchestre qui est une partie de moi-même »

Pour la restauration du live

Rodrigue Gotovi préconise une gestion rigoureuse de la carrière de l’artiste qui doit cesser de vivre au quotidien de ce qu’il gagne. Ainsi, selon le promoteur du centre culturel Windékpè à Parakou, l’artiste doit clairement dégager une partie de son revenu pour son perfectionnement à travers le travail régulier dans un orchestre afin d’être compétitif. De son côté, Bourou’s man met un accent particulier sur la création des orchestres scolaires comme le fait déjà l’agence Kokari de Gauthier Godonou à travers l’initiative ‘’Orchestre à l’école’’. Pour Godonou, la création de la maison de l’artiste est urgente pour l’assainissement du monde artistique pour que les vrais artistes puissent réellement vivre de leur art. De même Gotovi estime que les artistes doivent imposer le live aux promoteurs culturels au lieu d’accepter d’aller singer sur un podium pour des miettes sans pour autant vivre de son art.
En plus, la musique urbaine doit cesser d’être un prétexte pour la médiocrité musicale. Raison pour laquelle Bourou’s man conseille aux jeunes artistes rappeurs et autres qu’à défaut de faire le live, ce qui d’ailleurs est bien possible selon Gauthier Godonou, de s’essayer au semi live.

Alors, l’avenir de la musique béninoise dépend du sérieux dans le travail au niveau de chaque artiste. Ainsi, chaque artiste doit avoir le souci permanent de se perfectionner en se consacrant

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