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PERTES DES VALEURS CULTURELLES BENINOISES

Quand les danses traditionnelles sortent des habitudes

Au Bénin, les danses traditionnelles qui impliquent l’interaction de plusieurs éléments comme les mouvements qui requièrent une maîtrise adroite de l’espace et la connaissance de notions rythmiques sont différentes d’une région du pays à une autre et d’un groupe sociolinguistique à un autre et sont à la fois des grandes richesses culturelles. Ces danses autrefois valorisées et promues par des groupes sociolinguistiques semblent laisser de plus en plus place aux danses importées. Une chose que si l’on n’y prend pas garde risque de totalement faire disparaître ce pan des traditions béninoises. L’on est donc en droit de se demander quel avenir est réservé aux danses traditionnelles dans ce monde de globalisation.

Wahabou ISSIFOU

L’une des premières manifestations artistiques de l’histoire de l’humanité, la danse est l’exécution de mouvements au rythme de la musique permettant d’exprimer des sentiments et des émotions. Ainsi, au Bénin, il existe une foultitude de danses traditionnelles. Du Têkê, Koobi, Sinsinnou dans les départements du Borgou et de l’Alibori au Nord-est du pays, aux Avivi et Agboka des départements du Mono et du Couffo au Sud-est du pays, en passant par le Dikambéri et War des départements de l’Atakora et de la Donga du Nord-Ouest, des Akohoun, Zindo, Bolodjo du centre du pays, des Eyo et Adjahoun dans les départements de l’Atlantique et du Littoral au Sud, chaque groupe sociolinguistique dispose d’au moins une danse qu’il pratique.
Mais avec la mondialisation, la globalisation, ces danses sus citées qui ne sont qu’un échantillon des multitudes et diverses danses traditionnelles du pays sont en train dans leur majorité de laisser place aux danses importées. Pendant les manifestations, difficile voire impossible de voir des personnes d’une localité donnée, bien exécutées les pas de danse de leur localité. Au contraire, ces personnes se plaisent facilement dans les rythmes des autres en exécutant facilement les pas de danses.

Quelques raisons qui justifient cet état de chose

« Nos danses traditionnelles sont vraiment en difficultés du fait du désintérêt que nous affichons vis-à-vis d’elles. Elles se portent mal parce qu’il existe de moins en moins de cadre ou creuset de leur apprentissage, parce que nous sommes en train de rompre avec nos origines, parce que l’extraversion de notre peuple est en train de prendre une proportion alarmante », va justifier Rodrigue Gbèkpo Gotovi, ingénieur culturel et touristique en précisant que l’avenir des danses traditionnelles est incertain. Gauthier Godonou, promoteur culturel ne dira pas le contraire en indiquant que cette situation est plus grave dans la partie septentrionale du pays. Pour Princesse la voix d’or, artiste chanteuse, c’est parce que les artistes ne créent pas des groupes de danses pour les pérenniser. « C’est juste le temps de se faire de l’argent. C’est quand on voit qu’il faut des chorégraphes pour un morceau donné qu’on va créer ces groupes et après c’est fini. Il n’y a pas de relève.», a-t-elle fait entendre. Mais face à cette situation, quel est finalement l’avenir qui est réservé aux danses traditionnelles qui, si rien n’est fait, ce serait une partie du patrimoine immatériel du Bénin qui disparaitrait ?

Que faire donc?

Depuis une dizaine d’années déjà des associations et organisations culturelles, se lancent chaque année dans l’organisation des festivals et manifestations pour la promotion des danses traditionnelles. Mais le constat est que malgré l’accompagnement des structures publiques notamment le Fonds des Arts et de la Culture (Fac), ces promoteurs culturels sont plus à la recherche du gain qu’à l’atteinte de l’objectif initial qu’ils se sont fixés. Résultat, les danses traditionnelles sont toujours en agonie. De nouvelles stratégies s’imposent donc. Des stratégies qui selon Rodrigue Gbèkpo Gotovi, doivent consister à ramener l’éducation artistique à la base afin de faire de l’école, un lieu d’appropriation du patrimoine culturel. « Il faut encourager et soutenir les promoteurs de ballet et enfin, il faut que les parents prennent conscience du mal et amènent leurs enfants à se réapproprier leur patrimoine culturel. Aux acteurs, persévérance, travail et courage. Aux décideurs, il faille accorder davantage d’attention aux acteurs de la danse traditionnelle car ils sont les gardiens d’un pan important de notre patrimoine immatériel. Quant aux populations, il faut œuvrer à ce que les enfants apprennent les danses traditionnelles de leurs terroirs. C’est un important facteur d’intégration sociale.», a martelé l’acteur culturel. Le promoteur culturel, Gauthier Godonou va plus loin en indiquant qu’il est important que toutes les parties prenantes notamment les pouvoirs publics à savoir l’Etat et les collectivités locales s’engagent dans le combat de pérennisation des danses traditionnelles afin de permettre aux générations futures de connaître et de promouvoir le patrimoine culturel immatériel du pays. « Ceci passe par la mise en œuvre d’une politique forte et par l’introduction de l’enseignement artistique en milieu scolaire.», a-t-il conclu. C’est d’ailleurs ce qu’a compris Mama Gourgué Abdoulaye, chef du groupe de danses Ankouamon depuis une trentaine d’années en faisant des danses Têkê, Kiarou, Koobi, Sinsinnou, un métier et en transmettant ces pas de danses aux personnes de son groupe sociolinguistique, les Baatonu. Une solution parmi tant d’autres qui fera que le répertoire des danses traditionnelles du Bénin existe à jamais.

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