RECRUDESCENCE DE LA DIVINATION AU BENIN : Quand le désir de connaître l’avenir pousse dans des pièges sans fin

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RECRUDESCENCE DE LA DIVINATION AU BENIN

Quand le désir de connaître l’avenir pousse dans des pièges sans fin

L’être humain éprouve naturellement le désir de s’informer des causes de certains événements qui se produisent autour de lui. Dans son élan d’assouvir cette soif de connaissance, il fait souvent recours au surnaturel. Cette attitude s’accroît au jour le jour faisant ainsi le terrain à une flopée de devins dans les villes et campagnes du Bénin. Ainsi, dans maintes de ces situations, beaucoup se voient piégées par des vendeurs d’illusion qui croquent la vie à belle dent au grand dam de ces pauvres citoyens qui se confient aveuglément à eux.

Edouard ADODE

L’art divinatoire est l’un des anciens arts qu’on retrouve dans toutes les sociétés du monde. Cet art se propose d’apporter des explications à certains phénomènes que le commun des mortels n’arrive pas s’expliquer. Cet art de vieille date utilise plusieurs techniques pour parvenir au même résultat. Ces techniques sortent pour la plupart du temps du rationnel et restent exclusivement accessibles uniquement aux initiés ou à leurs détenteurs. Au Bénin, il existe une kyrielle de devins avec de diverses techniques divinatoires.

Quelques techniques divinatoires en vogue au Bénin

Les techniques divinatoires évoluent avec le temps. Ainsi, au Bénin les techniques divinatoires les plus pratiquées peuvent être classées en deux groupes. Il y a les techniques divinatoires traditionnelles et celles modernes.
Dans la catégorie des techniques traditionnelles de divination au Bénin, le Fâ ou Ifa occupe une place de choix. Cette technique qui interprète les signes des cauris jetés sur terre ou d’un chapelet de noix de pommes sauvages, est rependue un peu partout au Bénin comme dans la sous région ouest africaine. D’autres techniques utilisent le sable, des bois, de l’eau ou un miroir. Par contre, il en existe d’autres qui consistent à interroger l’esprit des morts. Certains adeptes de certaines religions endogènes font également assez de révélations lorsqu’ils sont en transe. Dans certaines églises typiquement du Bénin, la divination reste l’activité principale.
A ces techniques, s’ajoutent l’astrologie, l’horoscope, la chiromancie et la cartomancie, la numérologie, la bibliomancie et la cristallomancie qui sont des techniques importées qui gagnent du terrain au jour le jour au Bénin surtout dans le rang des jeunes lettrés.

Quelques raisons qui sous-tendent le recours à la divination

Plusieurs raisons peuvent pousser un homme à aller consulter un devin. Ces raisons découlent souvent d’un sentiment d’insécurité, comme tente de l’expliquer le pasteur Mathieu Dègbégnon des églises des Assemblées de Dieu à Parakou, « la première raison, c’est l’insécurité en ce qui concerne tous les besoins qui tournent autour de l’être en général. C’est-à-dire la sécurité par rapport à nos enfants, à nos familles, la sécurité par rapport au lendemain ». De son expérience personnelle et de sa foi, il ajoute une deuxième cause, « l’autre raison aussi c’est la méconnaissance de Dieu. Le fait que nous ne connaissons pas Dieu et que nous ne savons que Dieu qui maîtrise toute chose soit capable de prendre soin de nous. Alors l’homme va donc se jeter dans la volonté de découvrir tout ce que le lendemain lui réserve ». La première raison évoquée par l’homme de Dieu semble être confirmée par les populations. « En ce qui me concerne, je le fais et je fais pour mes enfants. Je le fais parce que, ça me permet de m’orienter, de ne pas commettre des erreurs, de trouver des réponses à ces certaines questions dont mille ans, je n’aurai pas à trouver de solution », témoigne Mama Taïra, la quarantaine environ à Parakou. Ce désir d’anticipation sur les problèmes se présente comme l’une des raisons fondamentales qui poussent à aller consulter. Dame Taïra dit donc trouver dans la divination une boussole pour sa vie et celle de ses enfants.
Le prêtre de Fâ Célestin Gnangnon va plus loin et expose quelques occasions qui imposent la consultation du Fâ. « Tout d’abord, lorsqu’une femme tombe enceinte, le mari doit consulter pour savoir les principes à respecter pour permettre à ce nouvel être qui arrive sur terre de venir dans de bonnes conditions. A la naissance, il est également important de chercher à connaître quel type d’enfant est venu au monde et pour quelle raison il est arrivé. Avant le mariage, avant de construire une maison, pour quelconque voyage, la divination reste obligatoire au préalable », a fait savoir le prêtre de Fâ.
Cependant en dehors du sentiment d’anticipation, certains font recours à la divination dans des moments difficiles de leur vie. Ainsi, la maladie, les cauchemars, en cas de perte d’un être cher à soi, ainsi qu’au cas où on a été victime d’un vol, la pauvreté, le chômage, les problèmes de conception et bien d’autres sont des situations qui souvent sont à la base du recours à la divination. Il convient de savoir également que les périodes de fin d’années sont les moments où le nombre de consultation augmente. Car nombre des béninois cherchent à boucler l’année en beauté et entamer la nouvelle sous de meilleures auspices.
Même si beaucoup de béninois restent septiques en ce qui concerne la véracité des prévisions de ces devins, une bonne frange de la population continue de placer leur confiance en ces hommes et leur art d’où la prolifération de ces praticiens dans les villes du Bénin.

Les conséquences de la divination

A première vue, la divination semble être sans conséquence pour celui qui consulte un devin. Comme a tenté d’expliquer le prêtre de Fâ Célestin Gnangnon, « consulter un bokonon (devin) n’a pas de conséquence. C’est tout comme aller voir un médecin pour une consultation pour un bilan de santé ». Cependant, il fait remarquer qu’aujourd’hui, il existe une flopée de devins qui offrent leur service aux populations de telle sorte qu’on rencontre des vendeurs d’illusion qui profitent de ce titre de devin pour arnaquer ou escroquer les clients. Il fait également savoir que lorsque quelqu’un consulte et n’arrive pas à exécuter les rituels ou sacrifices issus des prédictions, cela peut être plus grave que l’ignorance.
Le pasteur quant à lui va encore plus loin, en relevant d’autres conséquences liées à ce fait. « Les conséquences qui guettent d’abord les gens qui se jettent dans les choses comme ça, ils vont tomber dans les liens spirituels qui vont les détruire spirituellement. Deuxième chose, quand vous quitter la volonté de Dieu, vous devez savoir que vous n’êtes plus destiné à rester auprès de Dieu lorsque vous allez quitter la terre », a-t-il laissé entendre. Il ajoute plus loin que « l’autre conséquence qui est visible et manifeste parmi nous aujourd’hui, c’est que les gens s’appauvrissent. Parce que ces voyants et ces charlatans, ces diseurs de bonnes aventures, vont leur faire croire que compte tenu de ce que l’avenir leur réserve, qu’ils prévoient toujours des solutions ». En clair, beaucoup de personnes se font arnaquer par des pseudos devins ou prophètes. Ces derniers profitent parfois de leur soi-disant pouvoir mystique pour commettre des représailles sexuelles sur leurs victimes. « J’avais des difficultés à me marier jusqu’à l’âge 35 ans. J’ai été consultée un devin suite aux conseils d’une copine. Mais, pendant des années je suis devenue la vache à lait de soi-disant charlatan. Tantôt, il m’appelle pour me dire qu’il a vu ci ou il a vu çà, et il me cite des sacrifices à faire, il a fini par tenir des relations sexuelles avec moi », témoigne Nafissatou D.. Jeannette Kpègounton dit avoir été aussi victime d’une situation pareille avec un pseudo visionnaire-pasteur d’une soi-disant église à Parakou.
En dehors de ces conséquences qui sont légions au Bénin, certaines révélations faites par des devins, créent parfois des conflits dans les familles ou dans les services. De maintes de ces consultations, le nom de certains membres de certaines familles sont cités comme des sorciers. Ce qui crée un climat de méfiance et parfois de vives tensions entre les personnes appelées à vivre ensemble.
Ce sont souvent ces situations qui renforcent la position de certaines personnes qui ne croient du tout pas à la divination sous toutes ses formes. C’est d’ailleurs le point de vue de plusieurs églises notamment celles évangéliques pour qui la divination quelles que soient ses formes, constitue un péché. « C’est un péché de vouloir chercher à savoir nécessairement ce que Dieu réserve pour demain », a avancé le pasteur Dègbégnon qui justifie par la suite en citant Deutéronome 29 verset 29, « les choses cachées sont à Dieu et les choses révélées sont aux hommes ».
De son côté, le prêtre du Fâ, Célestin Gnangnon exhorte les uns et les autres à la vigilance. Il conseille d’ailleurs à ceux qui aiment consulter d’avoir l’habitude de consulter plusieurs devins sur le même sujet pour ne pas se laisser bernés ou troublés par des vendeurs d’illusion qui sont d’ailleurs partout selon ses dires.

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