TECHNIQUE TRADITIONNELLE DE FUMAGE DE POISSONS AU BÉNIN : Au cœur d’une pratique aux énormes dangers sanitaires et environnementaux

4 mois déjà | Écrit par
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Pour une alimentation équilibrée, les nutritionnistes proposent très souvent la consommation du poisson. Et pour chaque individu, il ne passe pas une semaine sans que le poisson fumé ne fasse partie de son alimentation. Depuis la nuit des temps, le fumage du poisson a du mal à changer de technique. Elle reste traditionnelle. Au Bénin tous les moyens sont bons pour fumer le poisson. Les bois, les cartons, les “copeaux”, les restes d’arachide, de sésame, bref toutes les matières pouvant produire de la fumée sont utilisées par les vendeuses pour le fumage du poisson. Exposées à toute la fumée que ces matières produisent et par ricochet à toutes les maladies y afférentes, l’idéal serait que d’autres mesures soient envisageables. De plus, l’impact négatif de ces fumées sur l’environnement n’est plus à démontrer.

Wahabou ISSIFOU

L’activité de fumage de poisson est très répandue au Bénin. Plusieurs femmes se lancent là dedans pour subvenir à leurs besoins. Ailleurs, c’est même un héritage. Plus qu’une simple activité de survie passagère, le fumage du poisson peut également être considéré comme un emploi permanent bien rémunéré (Nyebe et al, 2014). Un métier qui permet à ces femmes de gagner convenablement leur vie, mais qui représente aujourd’hui un important problème de santé publique. Selon le Fonds des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (Fao), 55% de femmes fumeuses de poissons sont atteintes de cancers.

La technique de fumage n’a pas changé. A l’aide de fours généralement composés de barils métalliques superposés de grillages, les poissons sont cuits grâce aux combustibles tels que le bois, les cartons d’emballages, les “copeaux”, les restes d’arachide, de sésame, bref toutes les matières pouvant produire de la fumée. Malheureusement, ceci ne respecte aucune sécurité au niveau du travail et de la santé. Cette activité pose d’énormes problèmes environnementaux et de santé pour les femmes et pour les consommateurs des poissons de mauvaise qualité selon l’institut de la Francophonie pour le Développement Durable (Ifdd) car les cartons ondulés dégagent une fumée très dense et en même temps nocive, due à la colle utilisée pour leur fabrication. Comme problème de santé au niveau des femmes fumeuses, on note des difficultés respiratoires surtout. «… Les flammes produisent une quantité importante d’hydrocarbures aromatiques polycycliques hautement cancérigènes,  », a insisté Dr Aké-Assi Yollande Datté vétérinaire.

Parallèlement aux problèmes de santé, les techniques traditionnelles actuelles sont un danger pour l’environnement. Déjà, la consommation de bois est extrêmement constatée. En effet, il faut 5 kilogrammes de cette matière pour fumer 1 kilogramme de poisson. Ainsi, ceci contribue à la déforestation à laquelle on assiste dans le pays. De plus, la combustion du bois émet également des fumées qui comportent des éléments toxiques.

Quelques solutions

« Toute activité a un risque, c’est ce que nous faisons pour trouver notre gagne pain. Si l’autorité peut nous trouver des techniques de fumage adéquates, modernes, ça nous fera plaisir », a fait savoir dame Francine Lanlozé. Selon les statistiques de Africa Progress Panel, la fumée de cuisine tue 600 000 africains par an dont une majorité de femmes.

Ainsi pour le nutritionniste Félix Sonon, c’est une mauvaise pratique qu’il faut combattre. Quant au docteur Aké-Assi, elle recommande une amélioration de la technique de fumage traditionnel vu que cette activité constitue un métier à revenu non négligeable pour plusieurs centaines de personnes. « Il faut fumer le poisson avec du bois connu et non des cartons, des restes de bois issus de meubles inutilisés », a-t-elle précisé. Car plus le combustible a une origine variée, plus la teneur en hydrocarbure est importante. A noter également que pour prévenir et atténuer les conséquences sanitaires et environnementales, plusieurs projets ont recommandé des techniques améliorées aux femmes fumeuses. Ces techniques qui devront permettre à diminuer la pénibilité du travail, à réduire la consommation et les dépenses en bois et à améliorer la qualité des produits, ont jusque-là du mal à se répandre sur l’ensemble du territoire national.

Pour la spécialiste en pharmaco nutrition et toxicologie moléculaire Amina Mahamadou Danda, la consommation de la peau externe du poisson fumé peut être source de certains cancers. Pour cela, elle recommande que les consommateurs respectent les règles d’hygiène en lavant comme cela se doit les poissons avant consommation. « Il faut veiller à ne pas consommer la peau externe qui a servi de contact avec la braise, il faut l’enlever. Et une fois enlever, il faut essayer de ne pas trop attoucher la chair pour ne pas la contaminer », a-t-elle ajouté pour finir.
Par ailleurs, au regard des combustibles utilisés, l’idéal serait que des activités de sensibilisation soient organisées par les autorités en charge du secteur sur les risques sanitaires et environnementaux de cette pratique et des campagnes de reboisement des essences rapides qui serviront de combustible afin de protéger la ressource ligneuse et réduire la pression sur les mangroves. Tout ceci contribuera certainement à la réduction des émissions de Co2 issu de la pratique du fumage de poisson au Bénin.

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