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UNE VIE UN METIER

A cœur ouvert avec l’adjudant chef à la retraite Ali Baparapé

. « L’armée a perdu ses lettres de noblesse d’hier, c’est regrettable », dixit l’adjudant chef

Pour le compte de sa rubrique hebdomadaire ‘’une vie un métier’’, votre quotidien vous amène cette semaine à la rencontre de Ali Baparapé. Durant 32 années et 9 mois de carrière, cet ancien agent des forces armées béninoises précisément adjudant chef para-commando a servi avec loyauté, abnégation, courage et amour sa patrie au sein ce corps qu’il a embrassé par passion. Ce dernier nous livre donc à travers cette interview exclusive, les temps forts de sa carrière et ses impressions sur l’évolution de l’armée aujourd’hui. Lisez plutôt.

Daabaaru : Pourquoi avoir choisi faire carrière dans l’armée ?

Ali Baparapé : J’ai intégré les forces armées béninoises tout simplement parce que j’avais un amour fou pour ce métier. Quand je vois les gens en treillis ça me travaillait vraiment, j’avais envie d’être à leur place. Je ne me voyais dans aucun autre métier que ça.

Comment et quand avez vous donc intégré ce corps ?

J’étais à l’époque à Parakou pour les études quand une promenade nous a, un jour, conduits (mes amis et moi) au camp militaire Séro Kpéra de Parakou. Heureusement, on a pu rencontrer un agent sur les lieux qui nous a interpellés et nous a demandé si on avait envie de faire carrière dans l’armée. Immédiatement on a répondu ‘’oui’’, et alors il nous a informés d’un communiqué qui est passé à la radio et faisait cas d’un recrutement de volontaires dans l’armée pour servir dans les troupes aéroportées puisque qu’on n’avait pas de radio nous à l’époque. C’est alors qu’il nous a demandé de repasser le lendemain au camp avec nos jugements pour nous faire enregistrer. C’était en 1978. Le jour du test, on a été soumis à des épreuves sportives pour lesquelles j’étais admis puisque moi déjà le sport était ma carrière, je me retrouvais bien dans cette discipline. Il fallait ensuite passer pour la visite technique et là aussi j’ai été sélectionné sans difficulté. Voilà donc comment j’ai pu réaliser mon rêve de devenir un jour militaire.

Quels sont donc les avantages de votre métier ?

Le plus grand avantage de ce corps que je peux dire est que, c’est une grande fierté de servir sa nation, de risquer sa vie pour préserver celle des autres. Ce n’est pas tout le monde qui le fait, mais le militaire lui, il le fait sans hésiter et est prêt à se sacrifier. L’autre avantage est que, quand on est dans ce corps on est beaucoup respecté, partout où tu vas on t’appelle chef, chef, c’est un plaisir. Nous quand on était en formation à Bembéréké, à chaque fois qu’on trouvait une occasion pour rentrer à Parakou, on avait la chance d’être transporté gratuitement, les chauffeurs ne nous prenaient rien. C’est également un avantage de ce métier. Aussi à l’interne, quand tu es le chef d’une unité tu es beaucoup respecté, quand tu parles c’est le silence total. Lors de la fête de l’indépendance, le défilé militaire devant plusieurs personnalités et des milliers de téléspectateurs, on se sent très fier d’appartenir à une nation et de la servir et la protéger.

Qu’en est-il donc des difficultés ?

Est-ce que je parlerai de difficultés du moment où on intègre normalement un métier parce qu’on le veut, on est donc obligé de l’aimer avec toutes ses méandres. Dans l’armée c’est toujours l’exécution avant réclamation. Pour répondre à votre question, je dirai que la partie la plus difficile dans l’armée c’est la formation. Ce n’est pas du tout facile la formation militaire, seuls les durs arrivent à supporter à l’époque. Et peu importe le traitement qu’on t’inflige, tu es obligé d’accepter. Mais moi déjà avec mon physique et encore que j’étais habitué au sport, cette formation ne me disait rien. Du camp de Wassa, à Bembéréké jusqu’à la présidence ou j’ai pris ma retraite en 2011, j’ai toujours eu comme amis mes chefs hiérarchiques, ce qui a fait que moi je ne me suis pas trop plains au cours de ma carrière.

Contez-nous ce jour là qui vous a marqué positivement au cours de votre carrière ?

Comme moment heureux, c’est surtout quand, grâce à mon sérieux et ma disponibilité dans le travail, j’ai eu droit à des promotions. Cela fait parti des moments mémorables. De caporal à adjudant-chef c’est vraiment une grande chance. Ce n’est pas tout le monde qui peut avoir cette chance d’évoluer comme ça dans l’armée. La dernière promotion, c’était le grade d’adjudant chef qui m’a été porté en 2005 à la présidence de la République. J’étais tellement content ce jour là et ça été un grand événement.

Parlez-nous de ce moment malheureux ?

Moment malheureux qui m’a marqué, c’est de n’avoir pas eu la chance d’aller voir mon père qui l’a fait appel pour que je puisse venir le voir avant son départ alors qu’il était alité. J’ai demandé une permission à l’époque qui malheureusement ne m’a pas été accordée, je suis seulement parti retrouver le corps sans vie. Donc comme moment qui m’a marqué négativement, je ne peux que dire ça.

Quel regard portez-vous sur l’armée béninoise aujourd’hui ?

C’est avec grand regret je vais dire que l’armée béninoise a perdu aujourd’hui toute sa lettre de noblesse. C’est regrettable de voir que les subordonnés ne respectent plus leurs chefs, n’exécutent plus les ordres. Aujourd’hui, le concept d’exécution avant réclamation n’est plus respecté parce que tout simplement les gens intègrent ce corps non pas par passion, mais parce qu’ils ont un parent dedans qui pourra les défendre malgré leurs bêtises ; c’est regrettable de savoir qu’aujourd’hui l’armée se mêle à la politique, ce qui n’était pas le cas avant ; c’est regrettable de savoir que le soldat est prêt à lever son arme et tirer sur son propre frère pour un rien du tout. Avant d’être militaire, on quitte forcément de quelque part, on a une famille, des proches qu’on sera obligé de rejoindre un jour ou l’autre. Avant, le soldat n’avait pas le droit de tirer sur un civil peu importe le problème. De toute ma carrière je n’ai jamais entendu les armes tirées. Les fois où on entendait des tirs, c’était simplement quand on était au champ d’entraînement ou peut-être quand le pays est envahi par des mercenaires. Là, on sait que c’est pour défendre la patrie. Mais aujourd’hui pour un rien, les gens sortent des chars pour semer la panique dans les cœurs des populations, les soldats lèvent les armes, tirent et tuent pour un rien leurs propres frères non armés. Ce n’est pas bien.

Un message à l’endroit de la jeunesse

Aux jeunes, je leur dirai que l’armée est une bonne chose. Mais quand ils intègrent ce corps, il faut être très respectueux envers ses chefs, ne pas se prendre la tête. Aussi faut-il se mettre en tête, qu’en tant que béninois, nous sommes des frères. Ils doivent donc apprendre à se maîtriser en face des situations et avoir le sang froid. Je leur conseillerais aussi de tout faire pour se marier tôt quand ils embrassent l’armée et de construire tôt. Ne forcément pas attendre au soir de sa retraite pour chercher à construire et faire des enfants. C’est pour faire souffrir les enfants alors qu’ils peuvent le faire tôt et bien assurer leur avenir avant la retraite.

Votre mot de la fin ?

L’armée doit vraiment travailler à regagner ses lettres de noblesse d’antan. L’armée est là pour défendre la nation, le peuple pas pour contribuer à sa perte. Merci à votre journal pour tout le travail qu’il fait.

Propos recueillis et transcrits par Samira ZAKARI

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