UNE VIE UN METIER : Zoom sur le parcours professionnel de Raphaël Agboton

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Pour ce numéro de la rubrique Une vie Un métier, votre quotidien est allé à la rencontre de Raphaël Agboton. Enseignant du secondaire à la retraite, cet homme de la craie a beaucoup apporté pour son pays en formant des hommes compétents qui font aujourd’hui la fierté de la Nation. Recevez à travers cette interview, le récit de son parcours professionnel.

Daabaaru : Pourquoi avoir choisi l’enseignement comme profession et comment avez-vous intégré ce corps de métier ?

Raphaël Agboton : Au moment où j’étais enfant, j’avais un oncle qui était instituteur à Allada et qui pour la rentrée, m’apportait souvent des cahiers, des crayons et des stylos. Donc quand je le vois, il me servait d’exemple, ce qui a fait que j’ai voulu lui ressembler. C’est donc de là qu’est partie l’envie de devenir enseignant. Ainsi après le Bac, je suis entré à l’Université du Bénin. En deuxième année à l’Université, les parents n’étant plus trop en mesure de supporter toutes les charges pour mes études, j’ai dû me retirer pour pouvoir postuler au poste d’enseignant. Au recrutement, on était 54 et on nous appelait à l’époque, instituteurs suppléants puisqu’on a été recruté directement dans le corps sans un concours.

Comment étaient vos débuts dans le métier ?

Pour mon premier poste, j’ai été envoyé au Ceg Logozohouè, un arrondissement de la commune de Savalou. Les choses se sont passées plutôt bien entre les collègues, les apprenants et moi. Compte tenu de mon diplôme universitaire à l’époque, j’ai tenté d’obtenir le Capceg pour pouvoir être titularisé. Mais malheureusement, ça n’a pas marché sur le coup. Mais je n’ai pas perdu espoir, je me suis donc donné à fond dans ce que je faisais, j’ai travaillé à donner le meilleur de moi-même dans ce métier qui m’a permis de me rapprocher plus des hommes.

Quels sont les avantages de votre métier ?

Réellement comme avantage matériel, il n’y en avait pas. Mais c’est avec le temps on se rend compte qu’il y a plus important à gagner que le matériel. Apres Logozohouè où j’ai passé 4 ans, j’ai demandé une affectation pour rejoindre Parakou. Arrivée au Nord, j’ai rencontré des collègues, des amis que je connaissais, on a vraiment travaillé pour nous affirmer dans le métier. Au boulot, on nous donnait plus d’heure qu’il ne fallait, mais on exécutait sans problème, sans se plaindre puisqu’en le faisant, on gagne par rapport aux enfants. Moi je me sentais fier d’aider ces enfants à devenir quelque chose demain, je voyais cela comme une obligation. On n’avait pas besoin de connaitre leurs parents pour leur transmettre le savoir et leur inculquer des valeurs. Ma fierté est encore plus grande quand je rencontre un ancien élève qui se rapproche de moi et se présente comme étant mon élève et me dis ce qu’il est devenu dans la vie alors que moi je ne me rappelle même plus de lui. C’est pour moi une satisfaction morale d’avoir contribué d’une manière ou d’une autre à ce qu’il est. J’en rencontre assez de ces élèves là, quand je vais m’acheter quelque chose au quartier ou même en ville et qui me donnent de l’argent ou me rendent d’autres services importants. Il y en a avec qui je communique beaucoup et qui n’hésitent pas à demander mon avis pour n’importe quel sujet. Vous voyez que cette considération est plus importante que ce qu’on peu gagner financièrement.
Il faut notifier qu’à Parakou, je suis resté au Ceg Zongo où j’ai servi pendant pratiquement 16 ans avant de quitter. Au cours de cette période, j’ai participé à plusieurs formations pour me perfectionner encore et encore, et j’ai donc pu participer à l’examen professionnel. Je suis admis avec mention.

Quand est-il donc des difficultés ?

Aujourd’hui, il est plus facile pour les enseignants de se perfectionner dans leur métier car, avec internet ils peuvent tout apprendre. Une chance que nous à l’époque, on n’avait pas, il fallait se documenter avec les livres. Et ces livres on devait les acheter, avec nos propres sous. Les salaires nous servaient donc à s’en procurer. Tous les livres que j’ai aujourd’hui dans ma maison ont été achetés par mon argent propre. Le manque de matériels de travail fait partie des difficultés auxquelles on a été confronté. En dehors de ça, en tant qu’enseignant, on recevait des enfants d’horizons différents avec des conditions de vie différentes avec qui on devait vivre. Ce n’était pas facile de canaliser toutes ces âmes là mais, j’ai fait avec avant de partir à la retraite en 2002, puisqu’on est formé pour ça.

Parlez-nous d’un moment qui vous a marqué positivement au cours de votre carrière ?

Bon, le moment heureux que j’ai vraiment connu, c’est quand j’ai fait mon examen professionnel. Pour moi, passer cet examen a permis de montrer à tous ce que je valais vraiment. Et j’ai pu aussi à travers ça, atteindre les objectifs que je m’étais fixés. Il faut dire qu’au cours de la préparation de cet examen, j’ai pu aider aussi d’autres collègues à réussir.

Qu’en est-il du moment malheureux ?

Le seul moment qui m’a marqué négativement c’est quand j’ai échoué à mon Capceg, ce qui m’a surpris. Ensuite, quand j’ai voulu réessayer, ce sont mes dossiers qui ont disparu. Je considère ça comme les moments difficiles de ma carrière. Mais je ne me suis pas pour autant apitoyer sur mon sort, j’ai continué de lutter pour m’en sortir et j’ai réussi d’ailleurs.

Quel message avez-vous à partager avec la jeunesse ?

Aux jeunes, je vais leur demander d’avoir de l’humilité. L’humilité pour pouvoir s’approcher de ceux qui sont devant eux pour demander et s’informer. Le métier d’enseignant n’est pas un métier dans lequel on peut dire, je comprends tout. Ils doivent travailler en équipe. S’ils sont par exemple deux ou trois dans un établissement pour la même matière, ils peuvent s’associer et travailler. En le faisant, chacun pourra apporter quelque chose comme savoir et ça permettra à tous de se perfectionner et être un modèle pour les enfants qu’ils ont à former. Il ne faut pas toujours courir derrière le matériel, il faut avoir l’amour pour ce qu’on fait car, quand on s’y investit, les fruits sortiront et on en bénéficie.

Votre mot de la fin ?

Comme mot de fin, je demanderais à mes enfants de travailler avec abnégation, qu’ils aient l’humilité et fassent tout ce qu’ils ont à faire dans la discipline. Parce que sans la discipline, on ne réussit pas. Merci à vous.

Propos recueillis et transcrits par Samira ZAKARI

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