VACATION AU BENIN : Le fétiche à multiple facettes dans l’enseignement

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VACATION AU BENIN

Le fétiche à multiple facettes dans l’enseignement

Le système de l’enseignement du Bénin compte en son sein plusieurs corps d’enseignants. On note la présence des agents permanents de l’Etat, des agents contractuels de l’Etat, les volontaires, les missionnaires de Peace Corps, les appelés du service militaire, les stagiaires des écoles normales et les vacataires. Ces derniers occupent une place particulière dans l’enseignement en général et particulièrement dans l’enseignement secondaire compte tenu de leur grand nombre. Ils sont estimés à plus 80% de l’effectif total des enseignants, au plan national. Si les différents gouvernements, qui se sont succédé dans le pays, considèrent la vacation comme un palliatif aux problèmes de l’école béninoise et du chômage des jeunes ; elle se présente pourtant comme une poudre de Perlimpinpin dans la résolution de ces problèmes.

Kassim MAMA

La vacation a encore de beaux jours devant elle malgré la bonne volonté des différents gouvernements à finir avec ce corps d’enseignants. En 2008, le gouvernement Yayi avait effectué, par décret, un reversement massif des enseignants vacataires dans la fonction publique afin de combler le manque criard d’enseignants compétents. 10 ans après, plus de 80% des enseignants du Bénin sont toujours vacataires. Ainsi, la fin de cette tendance n’est pas pour demain. Selon Yarou Boni Allassane, proviseur du lycée Mathieu Bouké, les étudiants qui sortent des écoles normales par an sont largement loin de combler les besoins des établissements scolaires en matière du personnel enseignant. Il explique, « L’école normale de Natitingou met par an sur le marché de l’emploi à peine 20 en mathématique. Ce qui ne répond même pas aux besoins du Lycée Mathieu Bouké. Par rapport aux besoin de toute la nation, cela constitue une goutte d’eau en plein désert ». Avec l’avènement du gouvernement de la rupture, son chef, Patrice Talon a affiché lui aussi sa volonté en procédant à un recrutement de 7000 enseignants. Ce qui est loin de combler le manque d’enseignants estimé à plus des centaines de mille. Ainsi, la vacation parait comme un palliatif pour résoudre l’eternel problème du manque d’enseignants dans les écoles béninoises et sa suppression constitue une quadrature du cercle. Certains jeunes diplômés s’en réjouissent même.

La vacation : la transition des jeunes diplômés

De nombreux jeunes qui sortent des universités ont, généralement, la vacation comme seul rempart contre le chômage. Titulaire d’une licence ou d’une maîtrise, ils exécutent des heures dans des établissements publics ou privés afin de gagner quelques sous pour subvenir à leurs besoins. « J’ai une maîtrise en Anglais. Je donne des cours au Ceg Guêma et Komiguéa pour nourrir ma petite famille », confie Sabi Fousséni, résidant à Ganou. D’autre encore, s’adonne à cette fonction en espérant un concours de l’Etat pour intégrer la fonction publique. C’est le cas de Wissou Tabé, titulaire d’un Capes en Svt qui explique qu’après avoir obtenir sa maîtrise en science naturelle, il s’est inscrit dans une école normale privée pour l’obtention de ce diplôme professionnel afin de maximiser ses chances aux tests de recrutement qu’organiser l’Etat. « La vacation que je fais, c’est pour traverser la période de la vache maigre. Mon rêve est de rentrer dans la fonction publique très bientôt », affirme-t-il. Ainsi, la vacation constitue un domaine qui absorbe de nombreux jeunes en chômage. Cependant, elle n’accorde que juste ce qu’il faut pour survivre.

Un quotidien précaire et une vie de marginalisée

Les enseignants vacataires tirent régulièrement le diable par la queue. Salaire aléatoire et irrégulier, ils peinent des fois à vivre de leur fonction. Ils ne reçoivent pas de salaires pendant les congés, les vacances et les jours fériés ne sont pas payés. En outre, ils ne bénéficient pas d’une prise en charge en cas de maladie et ils ne sont pas déclarés à la Caisse Nationale de la Sécurité Sociale (Cnss). Pour Alassane Mohamed, vacataire à Parakou, ce qui est blessant est le fait que les chefs d’établissements retirent les emplois du temps aux enseignants vacataires sans aucun accompagnement lorsque celui-ci tombe malade. Une situation que reconnait le proviseur du lycée Mathieu Bouké. Mais celui-ci confie que c’est avec des pincements au cœur que les directeurs résilient ces contrats dans ces situations car les apprenants ne peuvent pas rester sans enseignant.
La marginalisation de ces enseignants n’est pas uniquement économique. Ils sont aussi traités comme des enseignants entièrement à part. Pourtant, ils exécutent les mêmes programmes que leurs collègues permanents. « Quand les travaux de fin d’année arrivent, les permanents ont toutes les priorités, bien que nous gardons les mêmes classes dans les mêmes conditions », se désole Sabi Fousséni. Pire, ils vivent dans une peur permanente. Pour un oui ou un non, l’administration peut mettre un terme à leur contrat. « Il faut savoir parler lors des conseils des profs. Si non, l’année qui va suivre, tu es out », témoigne Kora O. Koto, un professeur vacataire. Par ailleurs, les rapports entre vacataires et professeurs permanents n’est pas souvent au beau fixe. Ils existent des permanents qui dénigrent les vacataires devant les élèves. C’est ce qui ressort du témoignage de Albert Zimé. Il dit, « Il y a des collègues permanents qui disent aux élèves tel est un vacataire. Il ne connait rien ». Une situation qui malheureusement occasionne régulièrement des conflits.

Les vacataires indexés dans les mauvais résultats scolaires

Un bon enseignant est celui qui a une bonne connaissance académique des notions à enseigner, une bonne maîtrise de la pédagogie, de la législation scolaire et de la déontologie de l’enseignement. Ce qui malheureusement n’est pas souvent le cas avec les enseignants vacataires. Car le proviseur du lycée Mathieu Bouké et conseiller pédagogique de mathématique, Yarou Boni Allassane avance que nombreux vacataires ne possèdent pas un diplôme dans la matière qu’ils enseignent. Ce qui en général, crée des désagréments aux apprenants. « Tous les vacataires ne sont pas bien formés. Ils n’ont pas la pédagogie, ils ne connaissent pas la législation scolaire et ils ne savent rien de la déontologie de l’enseignement », a-t-il affirmé. Par conséquent, ceux-ci enseignent ce qu’il ne faut pas enseigner et ils n’enseignent pas ce qu’il faut enseigner. Il ajoute, « vous dites à un apprenant que pour brûler des herbes, il faut les bouillir. Il ne saura jamais que brûler conduit à des cendre et bouillir à la rebouille ».
Par conséquent, le proviseur propose à ce que l’Etat prenne le taureau par les cornes en créant des écoles normales capables de former suffisamment d’enseignants qui pourront relever le défi de l’enseignement. Il a ensuite insisté sur la rigueur sans laquelle, il ne peut avoir la discipline. Et c’est là, la condition pour sauver l’école béninoise en agonie.

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Éducation

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